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Maciej Dekert

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Maciej Dekert est né en Espagne, d’un père polonais à qui il doit son prénom et son intérêt pour le genre autobiographique — vétérinaire à la retraite, Maciej Dekert senior a récemment publié des mémoires retraçant le voyage qu’il a entrepris avec sa mère en 1968 de Cordoba à Hambourg puis en Yougoslavie pour aider sa cousine Halina et sa famille à fuir le régime communiste. Il écrit, son fils photographie. Sur une image chinée dans un album de famille et prise par sa mère, vétérinaire également et première femme à enseigner d’anatomo-pathologie a l’université de Cordoba, Maciej, hilare, porte à l’œil gauche un appareil photo en plastique jaune. Trente ans plus tard, il place un Leica au même endroit pour documenter la naissance de sa fille Maria et entame une longue série inaugurée avec Matilde dans un hôpital côtier du nord-ouest de l’Espagne le 16 octobre 2012 et dont le titre tient pour l’instant en un hashtag : #fatherhood. La paternité impose un sujet et un langage : il fait de sa famille et de son environnement quotidien le motif récurrent d’une exploration esthétique et la fugacité des événements lui fait découvrir le format carré, celui d’Instagram. Dans ce nouveau cadre, il déploie les indices d’un registre varié d’émotions en piochant dans le monde qu’il a, comme son téléphone, à portée de main. Il achète un Rolleiflex, dont il n’a pas le temps de développer les films, et affirme avec l’iPhone son engagement dans le genre risqué du snapshot. Matilde et Maria sont les héroïnes de cette romance où rayonnent, à tour de rôle ou conjointement, nature et sourire. Il y a un mois, Maciej postait une photographie de Matilde qui allaite tendrement Maria et rugit dans un bâillement matinal. La lumière qui perce par la fenêtre découpe le cadre dans une composition triangulaire typique des représentations bibliques classiques. En plus de #fatherhood, la légende mentionne #leon #nicaragua #hostel #casaivana#room #last_day #morning #window #bed #mother#yawn #baby #daughter #breastfeeding#gonna_miss_this_place. En d’autres termes, c’est le jour de leur départ de la Casa Ivana, l’hotel temporaire qui était devenu leur maison et famille d’adoption avant qu’ils ne trouvent où s’installer définitvement à Leon, au Nicaragua. Pendant un mois, ce sont les tomettes de cet hôtel que l’on voit en arrière-plan des moments festifs, tendres, studieux et ordinaires qu’ils partagent en ligne. La vie déborde, les symboles abondent. Un an plus tôt, baignée dans une lumière d’automne, une grenade craquait sous la pression de ses grains juteux. Il lui associe l’adjectif #delicious. La grenade, symbole universel de la fertilité. Comme le réel que Maciej capture, elle ne demande qu’à être cueillie et savourée. Son langage gorgé d’amour et de simplicité évoque l’analogie faite par Emmet Gowin dans sa thèse de fin d’étude, en 1967, dans laquelle il défendait son choix de tourner son appareil sur sa famille : « Kisses are among the vehicles i would use if i were not able to make pictures. » Et comme Gowin, il compose une série qui va au-delà de l’album de famille.

http://www.maciejdekert.com 
http://instagram.com/machakito 

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