Luis De Jesus Los Angeles présente John M. Valadez : A Two Second Gaze—Street Photography from the 1970s and 80s. L’exposition est présentée dans la Gallery 3 jusqu’au 20 décembre 2025.
A Two Second Gaze—Photography from the 1970s and 80s présente une sélection de photographies rarement ou jamais exposées de John M. Valadez tirées de son corpus fondateur, East Los Angeles Urban Portrait Portfolio. Cette série constitue un corpus visuel de portraits de voisins, d’amis et de personnes rencontrées au hasard de ses promenades dans son quartier d’East Los Angeles, sur le chemin de son atelier situé dans le district du centre-ville de Los Angeles. En ancrant ce travail au cœur de communautés asiatiques, noires, latino et immigrées, Valadez donne chair aux préoccupations du mouvement chicano : visibilité, espace et fierté. Les photographies deviennent les documents d’un moment, capturant la culture, la mode de rue, les espaces publics, mais aussi une réalité chicano vécue à Los Angeles.
À la fin des années 1970, le mouvement chicano en Californie est porté par des artistes qui cherchent de nouvelles manières d’affirmer l’identité mexicano-américaine et de répondre au manque de considération institutionnelle, à la discrimination et au déficit de représentation. Le travail photographique de Valadez saisit ce moment générationnel : celui des laissés-pour-compte d’East L.A., à la fois reliés à l’héritage mexicain et à la vie urbaine américaine ; influencés par la culture populaire tout en restant profondément ancrés dans la réalité du barrio.
Alors que Valadez cherche à pousser le réalisme au-delà de la simple esthétique, il met en place une pratique faite de marches avec son appareil photo et des pellicules Kodachrome couleur de 36 poses, documentant une galerie de personnages éclairés par le drame du quotidien. Son intention est de repérer les figures héroïques de la vie de tous les jours qui deviendront plus tard les sujets de ses pastels et peintures à l’huile iconiques. Ainsi, la prise de vue sur le vif devient une forme de prise de notes et de croquis, l’objectif de l’appareil étant capable de suivre le rythme effréné de la vie urbaine. Cela contribue à définir un vocabulaire visuel pour les Chicanos qui ne repose pas sur la caricature ni la stigmatisation, mais sur la présence, le style et l’individualité.
Ce qui émerge est un carnet de croquis vivant, dans lequel Valadez entre en contact direct avec ses sujets. À une époque où le portrait est souvent un événement mis en scène — planifié en studio, préparé et posé avec soin —, Valadez capte l’interruption de la routine, une pause dans la monotonie de la marche, de l’attente, du travail. La présence sincère et pleine d’humour de Valadez se ressent de l’autre côté de l’objectif et fait naître quelque chose de noble : un échange et une forme de reconnaissance liée au simple fait d’être vu. Ses photos saisissent un sentiment d’identité en train de se jouer — la manière dont les sujets se présentent, négocient entre les attentes, la culture populaire, l’identité ethnique et le style personnel. Il existe une tension, mais également une grande richesse, dans le fait d’être visible, d’être vu et de l’être à ses propres conditions.
Valadez commence l’East Los Angeles Urban Portrait Portfolio vers 1978 et, si certains reconnaîtront des visages familiers de ses pastels et peintures — des figures souvent extraites de leurs scènes originales —, ces photographies mettent l’accent sur la ville de Los Angeles elle-même comme personnage secondaire. En se revenant sur cette période du centre-ville de Los Angeles, on aperçoit des décors architecturaux connus, mais aussi de nombreux changements urbains : Brooklyn Ave. devenue Cesar Chavez Ave., les audaces vestimentaires de la fin des années 1970 et du début des années 1980, et des scènes toujours tristement familières aujourd’hui, comme des personnes sans abri dormant dans la rue. À ce décor visuel s’ajoute le contexte psychologique et socio-politique de l’époque : l’épidémie du sida, les difficultés des vétérans du Vietnam laissés-pour-compte, la discrimination de classe et de race, l’émergence de nouvelles drogues et les coupes budgétaires de l’ère Reagan dans les services sociaux, qui ont profondément affecté les dynamiques et le caractère du centre-ville de Los Angeles.
Valadez se souvient que, malgré ces nombreux problèmes, aussi inédits que persistants, régnait un sentiment d’optimisme, en particulier dans le quartier populaire et multiculturel du centre-ville de Los Angeles, foisonnant d’activité, d’échanges, de liens communautaires et d’espoir. Valadez élève les portraits de ses voisins, de sa communauté et de sa ville au-delà du simple documentaire, de l’allégorie ou de la mise en scène. En insistant sur leur humanité, il dépasse les conventions narratives et propose une forme de commentaire social qui confronte les réalités urbaines négligées — hier comme aujourd’hui.
John M. Valadez : A Two Second Gaze – Street Photography from the 1970s and 80s
Jusqu’au 20 décembre 2025
Luis De Jesus Los Angeles
1110 Mateo Street
Los Angeles CA 90021
http://www.luisdejesus.com
@luisdejesuslosangeles














