Coney Island Queen
À l’été 2023, j’avais enfin déménagé à Los Angeles après avoir attendu mon visa de travail pendant près de trois ans. Malheureusement, cette aventure a été de courte durée, car six mois plus tard, je devais quitter la Californie pour m’installer sur la Côte Est.
Déménager deux fois en si peu de temps n’était pas prévu, et j’ai vécu ce bouleversement comme un véritable échec personnel.
Les premiers mois passés là-bas ont été difficiles, mais lorsque le printemps est arrivé en m’offrant la bouffée d’air et le changement de perspective dont j’avais besoin. Ce second souffle m’ouvrait une nouvelle porte vers une lumière que ne je soupçonnais pas.
Alors j’ai décidé de sortir. D’aller voir la ville. De tenter d’apprivoiser New York, même si je ne savais pas du tout par où commencer. Et puis la chaleur collante de l’été m’a guidée : j’irais à Coney Island.
Je ne me doutais pas un seul instant que cette simple décision allait redessiner ma vie. Une fois sortie du métro, tout m’a submergée : les couleurs, les voix, les odeurs, la mer au loin. C’était comme si la vie m’ouvrait les bras, sans condition.
C’est ce que j’aime à Coney Island, on croit savoir ce qu’on va y trouver, mais on ne sait jamais ce qui va nous toucher. Toujours des enfants qui courent, des pêcheurs patients, des Portoricains qui dansent, des mouettes voleuses, des touristes rieurs, des serpents portés autour des cous… Et les fameux hot-dogs de Nathan’s, aussi immuables que le ciel d’été.
Coney est aussi un lieu historiquement inclusif, les freaks de cirque comme la communauté queer y ont longtemps été accueillis et protégés. Même la franchise Nathans est née ici, avec l’idée de nourrir la foule à prix accessible à l’époque de l’essor des congés payés aux États-Unis. J’aime profondément cette cohabitation, toutes ces communautés qui se croisent, se mélangent, s’acceptent. Après tout, à la plage, tout le monde est à égalité.
Telle une junkie en manque de présence humaine, je suis retournée à Coney week-end après week-end, pour photographier toutes ces vies, sans jamais avoir assez de pellicules dans mon sac.
Quelques centaines de photos plus tard, la série Coney Island Queen voyait le jour. Et moi, j’avais enfin trouvé un endroit où me sentir chez moi, même à l’autre bout du monde.














