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Leïla Bousnina : Ulysses

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Ces hommes pouvaient être des cousins, des amis du bled ou des collègues de mon père. Enfant, ils faisaient partie intégrante de mon environnement familial. Mes parents les accueillaient régulièrement chez nous. C’était un soutien inestimable envers leurs compatriotes : les « zoufris » (ouvriers) qui contrairement à eux subissaient de plein fouet la solitude de l’exil. Je me souviens que leurs corps et l’expression de leurs visages exprimaient toute l’austérité d’un quotidien, enchaînés à la cadence d’une usine où d’un chantier. Ils se transformaient au contact de notre foyer animé de bruits d’enfants. Détendus, avec un thé chaud à la menthe, assis autour de la table du salon, ils faisaient d’interminables parties de dominos. Dans cette ambiance chaleureuse, ils échangeaient leurs expériences, se soutenaient, se conseillaient. Ils parlaient le dialecte algérien, langue que nous, enfants, ne comprenions pas. Parfois, un mot ou une expression française s’échappaient de leurs échanges, ponctués de vifs éclats de rire, on devinait au son de leurs voix et à l’expressivité de leur gestuelle qu’ils évoquaient leur condition de vie en France ou le manque...

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