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Le livre « Talashi » par des exilés syriens et Alexis Cordesse

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Atelier EXB sort un ouvrage au concept singulier qui rassemble des photos intimes de Syriennes et Syriens exilés. Une initiative du photographe Alexis Cordesse qui a souhaité interroger l’usage de l’image par celles et ceux qui ont fui la guerre.

Tout est parti d’un ruban rose. Celui que Nour, adolescente, a noué autour d’un paquet de photographies, puis a emporté avec elle dans la fuite, en quittant son pays, la Syrie, touchée par le très lourd conflit armé qui a lieu depuis 2011. À la hâte, au moment où elle réunissait ses affaires, dans le choix à faire de garder ou non tel objet, elle a ressenti le besoin de prendre avec elle ces images, celles de sa vie vécue jusque-là, celles des jours heureux quelque temps avant la guerre et celles des premiers moments difficiles depuis le début du conflit.

Elles ont ensuite traversé l’Europe, l’ont suivie en France et ont fini par arriver aux oreilles d’Alexis Cordesse, photographe qui, après des années de photoreportage dans la presse française, a mené d’autres travaux documentaires, des projets au long cours et où il élabore une réflexion autour de l’esthétique et l’éthique – regarder notamment son travail sur le génocide rwandais.

Intrigué par cette histoire, il a demandé à voir les photographies et il a alors découvert un autre visage de la Syrie, bien loin de celui qui déferle depuis des années dans la presse et sur les réseaux sociaux et qui a fini par créer comme une iconographie à part entière, dont nous avons tous une vague idée, nourrie par les dégâts du conflit, que ce soit les habitants meurtris ou les immeubles en ruine dans les villes, au milieu d’une atmosphère grise issue de la poussière des débris et de la violence immédiate à chaque coin de rue.

Dizaines de milliers d’images

 Comme un aparté dans cette masse sans fin d’images produites dans le contexte syrien, les photographies choisies par Alexis Cordesse affleurent en autant de reliques qui célèbrent une vie malgré tout, soulignent la beauté des choses en dépit du désastre ambiant, rappellent la splendeur présente encore par instant dans le pays et viennent déconstruire les idées reçues. « Au début du livre, j’ai par exemple choisi de mettre la photographie d’un champ couvert de hautes herbes afin de montrer que la Syrie ce n’est pas seulement le terrain désertique et aride qu’on voit dans les vidéos de Daech », explique Alexis Cordesse qui a rassemblé ces images pendant environ deux ans, questionnant des connaissances qui lui ont fait rencontrer différents exilés syriens. En tout près de quatre-vingts rencontres. Après avoir visionné des dizaines de milliers d’images, en avoir dégagé 2.800 dans une première sélection, il a ensuite dû en choisir une cinquantaine seulement pour le livre. Un travail d’épure qui va complètement à rebours de cette profusion d’images dans le contexte de la guerre et redonne de la valeur au geste photographique tout autant qu’il nous sensibilise à ce qui se passe dans le pays. Alexis Cordesse croit que ces images conservées dans la sphère intime nous permettent de nous sentir beaucoup plus proches d’une culture syrienne à propos de laquelle nous avons pu développer de nombreux clichés, notamment à cause de la période coloniale qui nous laissait entendre que nos cultures seraient plus éloignées qu’elles ne le sont vraiment.

Survivantes

En nous rendant compte que l’image a parfois le même statut d’espace de mémoire autant que de célébration de la beauté qu’elle a dans les pays européens, les vies de ces Syriens nous semblent d’un coup plus voisines, d’autant qu’une partie d’entre elles sont racontées par de courts textes écrits par Alexis Cordesse sous forme de portraits pris sur le vif. En filigrane, la pensée émouvante aussi que ces images sont les « survivantes » comme le dit le photographe d’une multitude qui a été détruite, brûlée, perdue dans les destructions ou tout simplement effacée avant un terrible checkpoint où ce que vous avez dans votre téléphone portable peut servir à vous tuer. De fait, beaucoup auront perdu la vie ainsi confie Alexis Cordesse.

D’où la très forte charge de ces photographies qui font apparaître par ricochet la tragique réalité à l’œuvre dans le pays et en donne un « à côté » lumineux. Par exemple celle de ce groupe d’amis qui pose devant l’objectif, heureux d’être ensemble. Quand Alexis a demandé au détenteur de l’image qu’est devenue telle ou telle personne au visage enjoué, ce dernier lui a fait alors un récit glaçant, contrastant avec le sourire conservé pour toujours sur la photographie.

Jean-Baptiste Gauvin

 

Parution 7 octobre 2021

Auteur : Alexis Cordesse

Bilingue français-anglais Broché, 16,5 x 23,5 cm 128 pages

55 photographies couleur

Prix : 35 € TTC

ISBN : 978-2-36511-318-2

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