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l’Angle galerie : Dolorès Marat : L’arbre qui marche

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Chemin faisant, le nom de Dolorès Marat s’est inscrit dans le paysage photographique français, années après années, jusqu’à représenter un univers identifié et personnel, tout comme son parcours atypique. Présente lors du vernissage/dédicace à L’Angle à Hendaye, qui propose une sélection de choix de ses images emblématiques, l’opportunité d’une rencontre était évidente.

 

Jean-Jacques Ader- Vous dites dans « Dolorès », le doc que Thomas Goupille vous a consacré, que vous ne savez pas trop parler de votre travail ?
Dolorès Marat- En fait, pour que je fasse une photo ou que je déclenche à un moment donné, il me faut une émotion. D’où qu’elle vienne. D’une personne qui passe, d’un arbre, de la nature etc… Si j’ai quelque chose qui me prend là, au cœur, il faut que je photographie, tout de suite.

JJA- C’est instinctif donc
DM- Oui. Je ne réfléchis pas.

JJA- Vous êtes autodidacte, comment avez-vous appris ?
DM- J’ai travaillé chez un photographe, Claude Froissard. Au départ c’était pour faire le ménage et ranger le matériel. Mais j’ai vite compris comment fonctionnait un appareil, une chambre photo ou le développement en labo. J’ai travaillé 27 ans dans un magazine féminin et ensuite 17 ans dans un labo. Après j’ai commencé à voyager pour faire mes propres photos.

JJA- Vous aimez donner des titres à chacune de vos photographies
DM- Ah oui, leur nom c’est ce que je vois. Et puis c’est mieux pour les reconnaître : la vache sacrée, les oiseaux de Marseille, le saut du chat, le retour à Paris, le cheval vert, l’arbre qui marche.

JJA- Où a t-elle été prise justement celle-là ?
DM- Je vais vous raconter l’histoire. J’étais parti à Aurillac pour exposer, accompagnée par des étudiants des Arts Déco. Je suis restée assez longtemps pour installer tout ça, et je devais ensuite rejoindre les étudiants dans un café. En sortant, je découvre qu’il a neigé et j’adore la neige. Je me mets donc en route, et, en chemin j’ai l’impression d’être suivie, je me retourne : personne ; étant sûre qu’on me suivait j’ai fait une photo en me retournant, dans le mouvement, et c’était l’arbre.

JJA- C’était l’arbre qui vous suivait
DM- Voilà (sourires)

JJA- Vous ne faites jamais poser les gens ?
DM- Jamais. C’est instinctif. Il me faut une sensation qui parte du ventre, là, mais je n’ai jamais fait poser qui que ce soit.

JJA- A quoi vous sert la photographie ?
DM- Pour moi, à enregistrer des émotions. Je n’attends pas quelque part que quelque chose se passe. Où que je sois, il faut que je marche, je marche et parfois, quand je ne ressens rien je ne fais pas de photos.

JJA- Et ces émotions, vous les retrouvez au moment de sélectionner vos photos ?
DM- Quand je ne les retrouve pas je jette. Si je ne ressens pas la même chose dans mes diapos que ce que j’ai ressenti à la prise de vues je ne garde pas. Surtout qu’en général je ne fais qu’une photo, sur l’instant. Une fois, en revenant de New-York, j’avais emporté une cinquantaine de bobines, et bien je n’ai rien gardé… c’était exceptionnel. Mais je ne m’en voulais pas, j’avais loupé mon coup, et voilà. Ça ne m’a jamais empêché de continuer d’ailleurs.

JJA- Vous avez été longtemps adepte des tirages Fresson.
DM- Oui, le Fresson ça a été un choc et une révélation pour moi. La première fois que j’en ai vu un j’ai su que c’était ça que je voulais pour mes photos. Désormais, je fais faire mes tirages sur papier Japon Awagami. C’est Sunghee Lee qui s’en charge dans son atelier à Arles.

JJA- Vous vous êtes occupée vous-même de l’accrochage de l’exposition, comment vous-y prenez vous ?
DM- Je souhaite toujours m’en charger, je suis la mieux placée pour ça je pense ; j’associe les photographies selon les couleurs plutôt que par sujets, les différentes couleurs représentant des émotions différentes.

JJA- Ces couleurs que vous aimez tant depuis la découverte, toute petite, de deux livres de peinture
DM- En fait, avant ça, ma mère nous avait placés chez les sœurs, et souvent quand nous travaillions bien, on nous offrait des images pieuses, dont j’admirais les couleurs, avec du bleu, du rouge, de l’or. Les livres de Cézanne et de Van Gogh je les ai reçus plus tard, comme 1er prix quand j’étais à l’école de couture. C’était les seuls livres de la maison. Ces couleurs me fascinaient et elles m’ont suivi toute ma vie de photographe.

Jean-Jacques Ader

 

Exposition « L’arbre qui marche » à la galerie L’Angle à Hendaye (64) du 2 Mai au 2 Juin 2025. Informations : https://www.langlephotos.fr/

Le film documentaire « Dolorès » réalisé par Thomas Goupille est disponible sur

The Darkroom Rumour. https://www.thedarkroomrumour.com/fr

« Dolorès Marat » monographie, dernière publication en date chez Delpire & Co (2024)

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