The Intertidal Project
The Intertidal Project explore de nouvelles manières de représenter le passage du temps à travers un travail photographique au long cours, qui examine la façon dont la mémoire se forme lorsqu’une personne est profondément marquée par un lieu qui lui est cher. Chaque rencontre grave une ligne de mémoire dans le temps, à la fois sur la personne et sur le lieu, à la manière de strates géologiques.
Debout au-dessus de l’océan Pacifique, je me suis demandé : « Comment saisir l’ampleur des variations de la marée en un seul lieu ? » Cette question m’a conduite à explorer de nouveaux paysages photographiques. La réponse est apparue lorsque j’ai commencé à discerner la différence subtile entre perception et prise de conscience. Au fil des années, les photographies ont progressivement révélé la profondeur des strates réciproques qui se formaient entre nous, tandis que je cartographiais peu à peu l’interaction entre ma présence et le littoral.
Cette pratique quotidienne était façonnée par les marées, le lever et le coucher du soleil, ainsi que par le temps toujours compté. En documentant un lieu, je documente également la mémoire — et le temps lui-même. Pendant plus de huit ans de visites ininterrompues aux mêmes endroits, j’ai photographié les onze miles — près de dix-huit kilomètres — du littoral californien connu sous le nom de Sea Ranch. Grâce à une observation méticuleuse, j’ai développé un corpus complexe explorant les thèmes de la mémoire, de l’empreinte, de la cartographie et des strates.
Un livre de mon enfance qui m’est particulièrement cher, The Art of Japanese Woodblock Printing, m’a inspiré l’idée de révéler les rochers sous la surface de l’eau en utilisant le temps plutôt que des passages successifs de couleur pour recréer le paysage. Au cours de quarante visites à Wild Moor Point et de quatre années de travail passionné, l’une des images qui en a résulté, Tidal Block, est devenue le pivot du projet. Fascinée par l’accumulation du temps, j’ai construit cette image afin de transmettre la profondeur de notre expérience commune et de faire apparaître une journée singulière, impossible dans la réalité, où tous les niveaux de marée se révèlent simultanément.
Depuis 2023, de gigantesques tempêtes hivernales ont remodelé le littoral de la Californie du Nord. L’étroite bordure de falaise sur laquelle je me tenais autrefois repose désormais, disloquée en blocs rocheux, une trentaine de mètres plus bas. La disparition de ce point de vue a effacé des données essentielles recueillies pendant six ans et provoqué un profond sentiment de perte. Mes archives du temps, de la mémoire et du lieu se trouvent désormais confrontées aux phénomènes météorologiques extrêmes, faisant surgir une nouvelle question : « Comment montrer ce qui se trouvait autrefois ici ? »
Le littoral de Sea Ranch a été profondément affecté par le changement climatique, faisant évoluer le projet d’une réflexion intérieure vers une confrontation avec des forces extérieures. Mon travail le plus récent au sein de The Intertidal Project, LOSING GROUND, se confronte à la progression inexorable de la perte environnementale. Partager ce projet peut contribuer à rendre perceptible l’écart entre perception et prise de conscience — une première étape essentielle pour répondre au changement climatique par une empathie collective.














