L’espiègle Franco Fontana et son sourire permanent nous a quittés avant-hier pour les grands champs colorés parsemés de jeunes femmes à la curiosité buissonnière.
Franco n’était pas mon ami ; car nos quelques rencontres furent toujours trop brèves et furtives pour des échanges durables et complices. Il aimait venir à Arles, accompagné de quelques-unes de ses élèves qu’il amenait systématiquement à la lecture magique et bénévole des portfolios organisée par Christophe Laloi, Voies Off. À chaque fois, il me conduisait ses Oyes et leurs travaux, tant pour un décorticage technique dans les règles que pour l’intérêt, l’expression et l’émotion suscités par les diverses collections présentées. À la fin, je n’ai jamais su si ce manège avait pour but de valider le travail de ses étudiantes, de réfléchir sur son propre enseignement ou de tester mes capacités d’analyse et de synthèse.
Il faisait semblant d’aller s’intéresser aux autres tables de lecture tout en restant suffisamment près, oreilles tendues, pour percevoir nos discussions et nos commentaires, son petit sourire coutumier au coin des lèvres. Un de ces grands moments disparus des Rencontres d’Arles, qu’il avait fréquentées très tôt.
Sinon, ce créateur de grand talent, seigneur italien avec toute sa splendeur et son charme irrésistible, donnait le meilleur de lui-même pour la photographie, sa défense et sa promotion.
Côté photographie, cet autodidacte, devenu un technicien de la lumière hors pair, puis un professeur de photographie exceptionnel si j’en crois ses anciens élèves devenus mes amis. Il est surtout reconnu comme étant le précurseur d’une utilisation créative de la couleur dans l’image, jusqu’à nous entraîner dans des abstractions dans lesquelles l’esthétisme outrancier nous emporte ailleurs. La rigueur des compositions, le surlignage des contrastes, la pureté des flous nous embarquent par leur adresse directe à nos sens. Chez Franco Fontana, la photographie est bien, l’image est bonne et l’interpellation est belle.
Son minimalisme a renouvelé l’image photographique des paysages (champêtres et urbains). Nombre de mes collègues se sont engagés dans ses pas, avec plus ou moins de succès ; toutefois, la signature graphique du Maître Franco Fontana reste, à ce jour, unique.
Addio, brillante creatore !
Thierry Maindrault














