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In Memoriam : Jean-Francois Leroy (1956-2026)

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Hier matin, une triste nouvelle : Jean-François Leroy nous a quittés, au lendemain de l’ouverture de la 38ᵉ édition de Visa pour l’Image, pour la première fois sans lui. Depuis, les hommages affluent, le monde du photojournalisme est en deuil.

J’ai rencontré Jean-François dans les couloirs de Paris Match, en 1987 ou 88. Roger Thérond était là, bien sûr, tout comme Jean-Jacques Naudet.

Nous vivions dans des pays différents qui partageaient une frontière. Le sien était fait de guerre, de famine, du photographe qui va où se trouve l’histoire et n’en revient pas toujours. Le mien était plus léger; les célébrités, la mode, le versant clinquant d’un métier bâti sur le faire-semblant, pour lequel il n’avait guère de patience, et qu’il n’a jamais prétendu avoir. Nos chemins se sont croisés au fil des années. Cordiaux. Respectueux. Joyeux. Jamais longtemps dans la même pièce.

Je l’observais de loin. Trente-sept ans, et il n’a jamais faibli. Il se battait pour les photographes comme d’autres se battent pour leur famille — bruyamment, obstinément, sans jamais demander la permission.

Même malade, il a préparé le programme de cette année de bout en bout, avec Delphine Lelu et son équipe. L’exposition phare est une rétrospective consacrée à Depardon, le reporter, pas le cinéaste. Il a offert un dernier cadeau au photojournalisme avant de partir.

Comme depuis de nombreuses années, cette édition devait toujours être une spéciale Visa pour l’Image. Celle-ci a une tonalité plus sombre. Sous cet éditorial, vous trouverez le communiqué de l’AFP ainsi que celui de la Présidence de la République française. Suivra le programme de cette 38e édition, puis un texte de ses amis Eliane et Jean-Pierre Laffont, dont le livre, Rebels With a Cause, est présenté au Festival cette année. Le reste de l’édition est composé des nombreuses pépites retrouvées dans nos archives, depuis notre premier reportage sur le Festival en 2012.

Visa pour l’Image continuera, avec Delphine Lelu à la barre et le reste de son équipe pour le porter, fidèle, j’en suis certain, au regard et au combat qu’il y a insufflés.

Nous n’avons jamais travaillé dans le même monde. Mais j’ai toujours su lequel gardait l’autre honnête.

Gilles Decamps

 

Défenseur du photojournalisme et fondateur de Visa pour l’Image, Jean-François Leroy est mort (AFP)

Avec sa grande silhouette, ses coups de gueule et sa passion pour l’image, Jean-François Leroy, le fondateur du festival de photojournalisme Visa pour l’Image décédé lundi, a été un ardent défenseur de la liberté d’information et l’âme d’un rendez-vous professionnel crucial pour la photographie de presse.

Âgé de 69 ans, Jean-François Leroy s’est éteint lundi des suites d’un cancer en pleine 38e édition de cette rencontre mondiale qui se tient chaque année à Perpignan.

« Toute l’équipe de Visa pour l’Image – Perpignan et toute la famille de Jean-François Leroy ont la tristesse de vous annoncer la mort, ce lundi 31 août au matin, du fondateur et directeur historique du festival international du photojournalisme », écrit le festival sur son compte Instagram. « Il avait accompagné et mis en valeur des photojournalistes du monde entier », ajoute-t-il sur X.

Pour la première fois en près de 40 ans, cet ancien photographe de l’agence Sipa Press était absent de l’inauguration samedi de l’unique festival mondial consacré à la photo de presse, qui expose chaque année à Perpignan les plus grands photojournalistes.

Après s’être battu pendant plus d’un an contre la maladie, il est décédé au milieu de ses proches à son domicile parisien, selon l’équipe du festival.

– « L’âme » du festival –

Bien que malade, il a participé « de A à Z à la préparation » de la 38e édition du festival, a précisé à l’AFP Delphine Lelu, la directrice générale de Visa pour l’Image. Il avait été distingué Chevalier des arts et lettres.

« C’est l’âme de ce festival, il l’a porté à bout de bras depuis la première édition, en 1989. Il nous laisse un grand héritage. Il a toujours voulu que Perpignan soit un phare pour les photojournalistes, on va faire en sorte que le festival continue de briller », a ajouté Delphine Lelu.

À la fin des années 1980, le festival parrainé par Paris-Match et Roger Thérond est créé à l’initiative de la municipalité de Perpignan, soucieuse de fonder un évènement culturel pour prolonger la saison estivale.

Chaque année ensuite, des photojournalistes du monde entier ont défilé et été exposés lors de ces rencontres où se mêlaient patrons de presse, reporters et visiteurs.

– Tremplin et consécration –

« Le mantra de Visa pour l’Image depuis trente-huit ans reste : la découverte de jeunes photographes, la confirmation et la mise en lumière de photographes reconnus et la redécouverte d’anciens photographes historiques », écrivait-il dans son livre à paraître en octobre « Le devoir de regarder ».

Pour les jeunes photographes, Visa pouvait représenter un tremplin ou une consécration.

« Ce festival est cher à mon cœur », raconte Ed Jones, photographe à l’AFP plusieurs fois exposé pour ses reportages photos en Corée du Nord.

Les hommages pleuvaient lundi pour célébrer l’hôte de « ce lieu de rencontre de la tribu des photojournalistes », selon les mots du photographe franco-iranien Reza, interrogé par l’AFP.

« Il a eu un grand impact sur le métier de photojournalisme » et « révélé de nombreux talents internationaux. Son impact va perdurer », ajoute ce photographe, auteur d’un portrait iconique du commandant afghan Ahmed Massoud, assassiné en 2001.

« L’AFP déplore la perte de Jean-François Leroy, inlassable défenseur du photojournalisme. Au fil des éditions de Visa pour l’Image, Jean-François nous a laissé le souvenir d’un professionnel passionné, doté d’un instinct rare pour repérer et révéler de nouveaux talents », a réagi Claudia Rahola, directrice du service photo à l’AFP.

Témoignage de ses exigences par rapport au rôle de l’image dans l’information, Jean-François Leroy lançait, pour la 38e édition de Visa, un avertissement sur les trucages visuels engendrés par l’IA.

« Le réel contre-attaque » : tel était le thème du festival cette année, avec « un mot d’ordre explicite : face aux images générées par IA, défendre le travail de terrain, sa lenteur et son coût ». « Des photos truquées circulent désormais à chaque événement d’actualité et le festival revendique le rôle inverse : chaque image exposée est documentée, datée, signée ».

 

Communiqué de la Présidence de la République

Défenseur acharné du photojournalisme et infatigable avocat du réel, Jean-François Leroy s’est éteint après une vie passée à faire des images une manière de voir le monde et de témoigner de ses blessures.

Enfant, il s’était passionné pour la prestidigitation. Il découvrit par la suite une autre chambre noire, celle du laboratoire photographique de La Vie catholique, où travaillait sa tante. Après quelques études de médecine, il choisit le journalisme, passa par Photo-Reporter, Photo-Revue et Photo Magazine, dont il devint rédacteur en chef, et réalisa ses premiers reportages pour Sipa Press. Jugeant sans indulgence ses propres photographies, il décida bientôt de consacrer sa vie à celles des autres.

En 1989, avec le soutien de Roger Thérond, légendaire directeur de Paris Match, il lança à Perpignan un pari auquel peu croyaient encore : consacrer un festival entier à la photographie d’information. Visa pour l’Image était né. D’une première édition réunissant quelques dizaines de professionnels, il fit, en près de quarante ans, le grand rendez-vous mondial du photojournalisme.

Mais Visa était plus qu’un festival. Jean-François Leroy en avait fait une maison, une place publique, parfois un refuge pour une profession qu’il vit se fragiliser. Il dénonça sans relâche tout ce qui menaçait la possibilité même de témoigner. À Perpignan, des générations de photographes trouvèrent un éditeur, une commande, une reconnaissance et, souvent, un défenseur.

Jean-François Leroy avait ses colères, ses enthousiasmes, ses fidélités et ses partis pris. Entier, rétif aux modes comme aux prudences, il assumait ses choix au nom d’un humanisme revendiqué. Il choisissait le camp de celles et ceux que les guerres, les dictatures, la misère ou l’exil condamnent trop souvent à disparaître deux fois : du monde, puis de nos regards.

Il savait qu’une photo n’a jamais arrêté une guerre. Il savait aussi qu’elle peut empêcher de prétendre que l’on ne savait pas. C’est pourquoi, année après année, Visa montra les conflits, les révolutions, les catastrophes, mais aussi les solidarités et les vies ordinaires ; et rendit hommage à ceux qui risquaient, parfois perdaient, leur vie pour témoigner sur les théâtres de guerre. Derrière son franc-parler, ses coups de gueule et son allure reconnaissable entre toutes, Jean-François Leroy portait une conviction profondément démocratique : une société libre a besoin de journalistes qui aillent voir pour elle.

Ce combat était devenu plus urgent encore à l’heure des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Pour cette trente-huitième édition de Visa, il mettait en garde contre les images fabriquées et les « fossoyeurs du réel ». Face à eux, il défendait inlassablement les faits vérifiés, les journalistes professionnels et la présence sur le terrain. Son dernier livre portait un titre qui résumait son existence : Le devoir de regarder.

Jean-François Leroy nous quitte alors que s’ouvrait à Perpignan la semaine professionnelle de ce festival qu’il appelait son « bébé ». Trop malade, il n’avait pu le rejoindre une dernière fois. Mais son combat demeure sur ses cimaises, dans ses projections et dans le regard de tous ceux auxquels il apprit à ne jamais détourner les yeux.

Il était un grand défenseur du réel.

Le Président de la République et son épouse saluent la mémoire d’un journaliste passionné, d’un infatigable défenseur du photojournalisme et adressent leurs condoléances émues à sa famille, à ses proches, aux équipes de Visa pour l’Image ainsi qu’à tous les photographes dont il fut l’ami et l’avocat.

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