À l’occasion de sa troisième exposition personnelle à la galerie, in camera met à l’honneur Revelation, dernière série de l’artiste irano-autrichienne Sissi Farassat, dans laquelle elle libère des fragments d’images choisies. Au sein de l’exposition, ces tirages partiellement dissimulés, composent un ensemble où l’image se dévoile par omissions. Au cœur du travail de Sissi Farassat se trouve un geste essentiel : celui de choisir ce qu’elle donne à voir, et ce qu’elle retient.
« Pour qui connaît l’œuvre de Sissi Farassat, Revelation est avant tout une surprise. Pionnière des interventions sur ses tirages photographiques avec la broderie de perles et bien d’autres manières d’augmenter l’image par un traitement manuel de sa surface, Sissi Farassat propose ici une méthode inverse. L’image de départ est trouvée puis recouverte. Nous ne la voyons que par fragments, il faut la deviner. L’objet désiré ne se donne que par dissimulation. Il est question de corps, de visage et de séduction. Ce que l’on perçoit rappelle une époque où les attributs de la beauté étaient définis par les codes du cinéma et des magazines, on y trouve encore l’élégance un peu surannée des femmes hollywoodiennes et des baisers mis en scène.
Mais, à vrai dire, Revelation est aussi parfaitement fidèle à la démarche de Sissi Farassat. En utilisant des photographies vernaculaires sur lesquelles elle brode ou tisse (Stitch, Pin Up, Contactsheet…), elle continue une pratique contemporaine de surcyclage des photographies. Ici, la particularité provient surtout du fait que le recouvrement de l’image s’effectue par le travail de recadrage ou, plus exactement, par le jeu du cache : montrer l’image procède d’une stratégie d’aveuglement. Ce que nous ne voyons pas prend une place prépondérante. Ce qui est avant tout consacré ici est le hors-champ comme espace à la fois réel et imaginaire. Dans ce jeu, l’artiste fait apparaitre des sous-ensembles de l’image, c’est-à-dire, comme en mathématique, des ensembles inclus dans un ensemble, une structure à la fois divisée et organiquement associée. (…) Par ce geste, Sissi Farassat parvient à une poésie qui associe matérialité et disparition. Revelation est aussi un dispositif par fragmentation du regard, une mécanique visuelle du désir. »
Extrait de La Nudité des images, Michel Poivert
Sissi Farassat est née à Téhéran en 1969 où elle a passé une partie de son enfance avant de s’installer à Vienne en 1978.
Diplômée de l’International Summer Academy et de la School of Fine Art de Vienne, elle obtient une bourse d’étude pour réaliser la série photographique Self Portrait Paris. Sa vie façonne ses créations, entre culture persane et occidentale. L’artiste transforme des objets de la vie courante en symboles d’identité d’aspect plus fantaisiste, étoffant ses photographies de paillettes et de matières flashy et colorées.
Contrairement à d’autres formes de photographies retouchées (comme le collage et les photos coloriées ou peintes à la main), la couture et la broderie sont des techniques où la surface de l’image se trouve perforée. Ces gestes artisanaux constituent une pratique vaudou, douce et contemplative, qui transforme la surface de l’image, en la scindant en de nombreuses petites particules, et en pénétrant également à l’arrière de la photo.
Dans des chambres intimes ou des intérieurs « banals », Sissi Farassat réalise des autoportraits, et des portraits d’amis ou de membres de sa famille. Broder une photo peut prendre des jours, voire des semaines, et amène l’artiste à se confronter personnellement avec ses sujets photographiés, dans ce lent et patient travail manuel.
Pour Revelation, Sissi Farassat découpe des passe-partout qui dévoilent des fragments d’images, photographies d’anonymes récoltées sur les marchés aux puces à travers l’Europe. Au coeur de cette série se trouve un geste essentiel : celui de choisir ce que l’artiste donne à voir et ce qu’elle retient.
Sissi Farassat : Revelation
du 12 février au 21 mars
in camera galerie
21 rue Las Cases
75007 Paris
du mardi au samedi de 14h à 19h
www.incamera.fr














