Jusqu’au 8 février 2026 Huis Marseille, Museum for Photography présente Kusukazu Uraguchi. Shima no Ama, une exposition de quatre-vingts photographies en noir et blanc sélectionnées dans l’archive monumentale de ce photographe japonais. À partir du milieu des années 1950, Kusukazu Uraguchi (1922-1988) a consacré trente ans de sa vie à photographier les ama, une communauté exclusivement féminine de pêcheuses et plongeuses japonaises dans la région de Shima où il est né. Son regard admiratif constitue un témoignage puissant de leur vocation aujourd’hui en déclin. L’exposition a été présentée pour la première fois en 2024 lors des Rencontres d’Arles festival international de photographie, et a été enrichie à Huis Marseille de photographies supplémentaires, d’une nouvelle compilation vidéo et de panneaux en bois anciens récemment restaurés.
Women of the sea
Les ama, « femmes de la mer » japonaises, peuplent les côtes de la région de Shima depuis plus de trois mille ans, plongeant en apnée pour récolter des algues et des ormeaux (un mollusque marin considéré comme un mets délicat). Leur place singulière dans l’imaginaire japonais, leur lien sensuel avec la mer, ainsi que leur intrépidité et leur souveraineté ont inspiré poètes et artistes pendant des siècles. Kusukazu Uraguchi, lui-même originaire de Shima (préfecture de Mie) sur la côte sud du Pacifique, a consacré plus de trente ans à documenter, dans toute sa diversité, la vie des ama dans cette région : photographies de plongées au large, de récoltes le long du rivage, portraits, scènes de vie collective sur la plage et dans les amagoya — des enclaves exclusivement féminines — ainsi que leur pratique quotidienne du shintoïsme, qui culmine dans les matsuri (fêtes d’été). Ses images montrent les pratiques ancestrales des ama et captent leur énergie à chaque instant. Inspiré par leur vitalité et par la confiance qu’elles lui accordaient, il a développé une écriture intense et expressive. Les contrastes du noir et blanc, des cadrages inhabituels, et des gestes et actions qui révèlent la spontanéité des femmes ancrent les ama dans leur époque — notamment entre 1960 et 1980 — tout en rendant hommage à leur féminité forte et affirmée.
Tens of thousands of negatives
L’archive d’Uraguchi, qui comprend des dizaines de milliers de négatifs et constitue le point de départ de cette exposition, n’avait pas été examinée depuis sa mort. La redécouverte de ce matériau remarquable est due à Sonia Voss, qui a pris l’initiative de se plonger dans les archives, et a conçu l’exposition à Arles, elle est également la commissaire invitée à Huis Marseille. Ces images permettent aussi d’aborder la photographie japonaise par l’un de ses aspects majeurs : la photographie amateur, dont Uraguchi fut un brillant représentant, entretenant des liens avec divers réseaux de clubs photo.
Underwater camera
Pour réaliser ses photographies sous-marines, Uraguchi a utilisé le Nikonos, un appareil que Nikon a mis sur le marché en 1963 spécialement à cette fin. Il en a acheté un immédiatement et l’a employé dès 1965 pour documenter les chasses sous-marines solitaires des ama. Il est peu probable qu’Uraguchi ait eu les capacités physiques pour plonger aux côtés des ama les plus expérimentées — les funado — qui portaient des ceintures lestées et descendaient à 18, 24 voire 30 mètres, en retenant leur souffle jusqu’à deux minutes. Il a toutefois accompagné des kachido (« celles qui vont à pied ») et des okedo (« celles qui emportent des baquets dans l’eau »), qui se déplaçaient ensemble en bateau. Elles plongeaient à une profondeur de dix mètres, ce qui posait aussi des défis techniques : outre les risques pour les poumons et les oreilles, elles devaient composer avec les écarts de température, des forêts d’algues emmêlées et les grottes étroites où se logeaient les ormeaux.
Vintage panels
Lors de ses expositions, Uraguchi présentait souvent ses tirages sur des panneaux en bois de deux formats standard, montés sur un socle fabriqué par un artisan de Shima. Grâce au fils de l’artiste, plusieurs de ces panneaux originaux ont été conservés. À Huis Marseille, six de ces panneaux d’époque peuvent être admirés, dont trois ont été restaurés spécialement pour leur présentation à Amsterdam et n’avaient encore jamais été montrés en Europe auparavant.
Publication
L’exposition à Arles s’accompagnait du livre Shima no Ama, qui sera réimprimé spécialement pour l’exposition à Huis Marseille. Il est publié par Atelier EXB en deux éditions linguistiques, anglaise et française. Relié, 22 × 28 cm, 168 pages, 119 photographies en noir et blanc, prix de vente 49 €. Les textes sont signés par le photographe et anthropologue visuel Chihiro Minato et par Sonia Voss, sous la direction éditoriale de Sonia Voss.
About the curator
L’autrice et commissaire d’exposition Sonia Voss (1978) vit et travaille à Paris et à Berlin. Son exploration de la photographie est-allemande a donné lieu à l’exposition Restless Bodies (Rencontres d’Arles, 2019) ainsi qu’à plusieurs ouvrages associés publiés chez Éditions Xavier Barral/Atelier EXB, Koenig Books et Hatje Cantz. Ses recherches se sont ensuite étendues à l’Europe de l’Est. Elle a assuré le commissariat du Louis Roederer Discovery Award aux Rencontres d’Arles 2021. Elle accompagne également des artistes tels qu’Isabelle Le Minh et Tarrah Krajnak. À l’occasion, elle se plonge dans des archives, comme celle de George Shiras, qu’elle a fait découvrir au public en 2016 (In the Heart of the Dark Night, Musée de la Chasse et de la Nature, Paris).
Exposition produite par Les Rencontres d’Arles.
Kusukazu Uraguchi : Shima no Ama
Jusqu’au 8 février 2026
Huis Marseille, Museum
Keizersgracht 401
1016 EK Amsterdam, NL
www.huismarseille.nl














