Rechercher un article

Genève : Steeve Iuncker–L’instant de ma mort

Preview

Assez tardivement compte tenu de l’étendue de son œuvre déjà impressionnante, j’ai découvert et rencontré Steeve Iuncker grâce à Gilles Favier, qui avait pour la première édition de son festival Images Singulières concocté une programmation d’une incontestable qualité qu’il maintient au fil des années. Il y présentait son reportage sur la chirurgie esthétique, des images troublantes de crudité, et me parlait de sa série sur un jeune homme atteint du Sida qu’il a rencontré et photographié chaque semaine jusqu'à sa mort quelques années plus tard. Un sujet difficile par son intensité visuelle qui faisait fuir les éditeurs jusqu'à récemment convaincre Le Bec en l’air, qui a donné en février dernier une visibilité méritée à ce travail. Aujourd’hui, Steeve Iuncker présente au Mamco « L'instant de ma mort », dont le titre confirme sa volonté de défier esthétiquement et moralement des sujets tabous dans un acte d’humanité. L’occasion de rendre hommage au photographe comme à Genève, dont le dynamisme culturel ne se limite pas à quelques institutions timides. La photo y tient une place de choix dans les musées spécialisés, avec notamment le Centre de la photographie dirigé par l’excellent commissaire et critique Joerg Bader, comme dans ceux d’art contemporain et d’ethnographie. Présentée au Mamco dans le cadre d’un cycle intitulé « L’Eternel retour » réunissant les œuvres d’Yves Bélorgey, Etienne Bossut, Anita Molinero et Franz Erhard Walther, « L'instant de ma mort » est le dernier volet d’une étude sur la mort. Représentation frontale et respectueuse de corps inertes reposant depuis parfois quelques jours dans le cadre quotidien qui les accueillait vivants, certaines images inspirent à première vue le dégout. Traces d’une vie interrompue soudainement, les indices de l’environnement laissé intact au moment de la prise de vue attestent de l’exactitude de l’incident. Une bouteille abandonnée sur une table basse, un désordre négligé, un mobilier modeste renseignent sur une condition passée, souvent difficile. Représentée de façon spectaculaire et fictionelle par la télévision, la mort a perdu sa réalité, sa couleur, son odeur. Steeve Iuncker lui réattribue. Ce travail sous forme de dyptiques confronte le corps gisant avec le lieu vidé de sa présence physique, mais certainement pas de sa réalité. Traces de sang, marques de putréfaction, tissus froissés, matelas légèrement enfoncé et, symboliquement, un cœur gravé dans la boue fatale révèlent une certaine continuation de la vie après son arrêt légal. Les positions expressives des corps, figés dans un instant de vie comme les momies de Pompei, contrastent avec les représentations traditionnelles, rendant la mort, et non sa caricature, palpable. Les tirages, Fresson imprimés sur un papier charbon au rendu pictural, accentuent remarquablement cette matérialité.

This content is for Abonnement annuel et Abonnement mensuel members only.
Log In Register

Merci de vous connecter ou de créer un compte pour lire la suite et accéder aux autres photos.

Installer notre WebApp sur iPhone
Installer notre WebApp sur Android