Fragments d’une île
En promenant mon regard de photographe dans la ville de Sète, j’ai capturé ses lignes, ses volumes et surtout son architecture m’interrogeant sur ce que ces formes disent en creux – des histoires sociales, politiques, humaines.
Il faut du temps pour appréhender le territoire, découvrir ses passages secrets, faire des détours, retrouver son chemin à force de le demander aux habitants.
Sète se donne à voir par fragments, et chaque quartier semble porter en lui une polarité. Les rues deviennent des seuils, des zones de passage entre des mondes contigus mais dissemblables. Le Barou, le Mont Saint-Clair, la Corniche, l’île de Thau ou le Quartier Haut, sont des géographies chargées de récits implicites : maisons de pêcheurs, pavillons cossus, barres d’immeubles ou résidences pour seniors. Ces lieux se côtoient, se regardent, parfois se heurtent, et participent ensemble à la construction d’une mosaïque.
C’est dans cette tension que j’ai travaillé : entre l’image et son envers, entre les formes visibles et les structures invisibles qu’elles suggèrent. Chaque photographie devient ainsi un double regard – document et interprétation, trace et imagination. À la manière d’un reflet qui ne coïncide jamais tout à fait avec son origine, le réel photographié se transforme en matière vivante, ouverte à de multiples lectures.
L’Ile Singulière devient alors image vive, palimpseste sensible où l’on peut lire, en filigrane, la possibilité de nouveaux récits.














