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Festival Kyotographie 2026 : Edge – La limite

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À Kyoto, cité culturelle au rayonnement intact, Kyotographie s’impose depuis 14 printemps comme un rendez-vous majeur de la scène photographique internationale. L’événement se déploie dans toute la ville, investissant les temples, les maisons traditionnelles, les galeries et musées.Au cœur de cette édition, un mot clé choisi par les co-fondateurs Lucille Reyboz et Yusuke Nakanishi « Edge – la limite ». Ligne de fracture ou de passage, la limite peut être physique ou sociale. La photographie, elle aussi, n’échappe pas à cette tension. À l’ère de la prolifération visuelle et des technologies intrusives, une nouvelle frontière apparaît, celle du questionnement, mais aussi celle d’un vaste champ des possibles.
Derrière ce terme, faut-il voir un effondrement à venir ou, au contraire, un espace pour réinventer le réel ? Kyotographie choisit d’investir cette zone d’incertitude. L’édition 2026 met en lumière des pratiques photographiques radicales, explore les paysages urbains et donne voix à des communautés ignorées. En filigrane, une autre force affleure, celle de la nature, capable de régénération même dans les contextes les plus sombres.Figure majeure de cette programmation, Daido Moriyama. Né à Osaka, le photographe japonais n’a jamais cessé, en près de soixante ans de carrière, de bousculer les codes. Son œuvre foisonnante interroge autant le monde visible que les outils qui le capturent. Appareils photo, presse imprimée, circuits de diffusion etc… Marqué par le Japon d’après-guerre et ses mutations, nourri d’influences américaines, Moriyama questionne autant le réel que les outils qui le fabriquent.

Autre voix essentielle, Linder Sterling. Issue de l’effervescence punk britannique de la fin des années 1970, l’artiste a construit une œuvre autour du photomontage, déconstruisant les représentations du désir et du corps féminin. La rétrospective présentée ici, élaborée avec elle, retrace les étapes clés d’un parcours qui dialogue avec l’héritage dadaïste de Hannah Höch et Man Ray, tout en revendiquant une contemporanéité frontale.

Le duo Yves Marchand & Romain Meffre, lui, poursuit son exploration des ruines. De Détroit à Gunkanjima, en passant par Paris, leurs images scrutent les vestiges d’un monde en mutation. À Kyoto, ils vont plus loin ; une nouvelle série nourrie par l’intelligence artificielle, imagine la ville transformée en paysage abandonné. Une proposition troublante qui questionne la véracité de l’image et brouille les lignes entre fiction et archive.

Figure singulière de la scène contemporaine, Juliette Agnel déploie une œuvre où le paysage devient expérience intérieure. Sa démarche, à la fois poétique et métaphysique, interroge les liens subtils entre l’humain, la nature et les forces qui les traversent. L’artiste privilégie les marges du monde, déserts, glaciers, territoires reculés, qu’elle arpente souvent de nuit, lorsque le réel se charge d’une intensité quasi mystique. Dans ces espaces extrêmes, Juliette Agnel traque ce qu’elle nomme « la vibration du monde », une présence impalpable que son regard tente de rendre visible.

Anton Corbijn, photographe néerlandais passé maître dans l’art du portrait, a saisi des figures majeures comme Depeche Mode, U2 ou les Rolling Stones. Son esthétique, marquée par un noir et blanc tout en densité, capte les gestes et les failles humaines.
« L’imperfection touche plus juste que la perfection », affirme-t-il. L’exposition retrace un demi-siècle de travail, depuis ses débuts à 17 ans auprès de groupes locaux jusqu’à son installation à Londres et sa collaboration avec le NME, célèbre magazine musical.

Aussi à l’affiche : Federico Estol , Fatima Hassona, Sari Shibata, Tandiwe Muriu, Atsushi Fukushima ; trois générations d’artistes Sud-africains, Pieter Hugo, Ernest Cole et Lebohang Kganye, retracent l’histoire et la tradition photographique du pays. Sans oublier l’événement satellite KG+Select, comprenant 10 artistes issus de l’appel à auteurs.

Finalement, cette nouvelle édition de Kyotographie ne se contente pas de montrer des photos, mais interroge leurs contours et leurs limites donc, et nous rappelle au passage que la photographie n’est jamais une image totalement fixe.

Jean-Jacques Ader

 

Festival « Kyotographie – Edge » du 18 Avril au 17 Mai 2026 dans toute la ville.
Publication d’un beau livre « Kyotographie, a Kyoto story – a twelve-year cycle » retraçant l’histoire du festival. Informations : https://www.kyotographie.jp/en/
À noter que Kyotographie présentera cet été à Vague-Arles Rinko Kawauchi et Tokuko Ushioda « From our windows » en expo associée aux Rencontres 2026.

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