« Socotra est un bijou brut perdu au large du Yémen, peuplé de lunes et de branches étoilées propres aux dragonniers qui veillent sur l’île. Ces arbres légendaires abritent un vieux mythe, celui de Caïn et Abel, selon lequel les deux frères se seraient affrontés ici pour la premiere fois. Le sang versé a donné naissance à la sève rouge des dra- gonniers – résine sacrée de ces arbres sans âge, dépourvus d’anneaux mais porteurs de mille récits. Une autre légende raconte qu’un dragon y fut vaincu par un éléphant, donnant son nom aux “Dragon Blood Trees”.
Vous trouverez lors de l’exposition cette résine d’un rouge profond, presque sanglant, extraite de ces arbres qui s’élèvent en ombelles protectrices. Elle peut être brûlée en encens ou utilisée comme pigment
Mais Socotra ne vit pas que pour ses arbres. Elle vit pour ses lunes, pour ses étoiles, pour son infini. Pour la nuit qui respire autant que le jour, pour ses parfums secs et sucrés, pour ses mille visages aux teintes changeantes, pour ses couleurs lumineuses et brûlées, pour ses fruits en fleurs, pour l’écorce de ses astres, pour ses minuscules coquillages qui s’accrochent à cette écorce pour quelques heures seulement puis tombent par centaines comme une pluie de fossiles. Pour cet océan et cette mer qui se rencontrent, pour ses hirondelles de mer qui y plongent, virevoltent et dansent au gré des courants.
Pour ses poissons argentés qui les accompagnent. Socotra est un de ces rares refuges qui a su préserver un fragment de l’Âme du Monde. Ce monde évanescent où le pouls de la Nature bat haut et fort et au sein duquel les rencontres humaines ont gardé leur essence d’antan. Au-delà de ses horizons infinis, se déploient le souille des pêcheurs et des bergers de l’île…
… Dans les hautes terres, les vautours d’Egypte accompagnent les bergers qui descendent les rivières et remontent les forêts, et dont les chèvres reconnaissent l’accent de leur chant.
Plus bas sur la rive, les pêcheurs hissent leurs filets à l’aube et glissent sur cette eau tantôt mer tantôt océan. Leurs gestes sont précis, ancrés dans des savoir-faire transmis à voix basse. Car à Socotra, les histoires ne s’écrivent pas, elles se disent, se chantent, se dansent parfois, au rythme de la mer, de la pierre et du vent.
Sur cette île, c’est pourtant tout un imaginaire littéraire qui prend vie. Celui de Romain Gary, de Joseph Kessel, d’Amin Maalouf, de Jack London, de Lampedusa… La littérature y a trouvé son horizon, le ciel y a planté ses racines ».
Marguerite de Tavernost
Née en 1991 et vivant à Paris, Marguerite de Tavernost a affiné son œil au cours de nombreux reportages, qu’elle qualifie de « de voyages intelligents au gré du vent », se laissant porter par l’imprévu pour mieux plonger dans les sources où gonfle ce souffle.
Son œuvre se fonde sur une exploration du paysage, de ses lumières et atmosphères comme de ses minuscules variations, autant que sur une exploration plus anthropologique des cultures et populations qu’elle traverse, à l’image de ses travaux en Norvège, Kenya, Namibie, Madagascar, Îles Féroé, qu’elle arpente le plus souvent seule, sans feuille de route. Sa pratique stricto sensu de l’argentique lui permet de s’ « ancrer dans la poésie de l’instant présent, de s’abandonner à la contemplation dans sa plus belle simplicité, dans sa plus grande pureté ».
Sa pratique de l’argentique joue avec, et sublime, les imperfections propres aux pellicules, au procédé de tirage, développement et fixation inhérent à cette méthode.
Marguerite de Tavernost – Ecorce de lune
Vernissage ce mercredi 25 juin à la Galerie Vellutini
Jusqu’au dimanche 29 juin
35 rue Guénégaud, Paris 75006
18h à 22h.
Informations
Galerie Vellutini
35 rue Guénégaud, 75006 Paris, France
25 juin 2025 au 29 juin 2025















