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Claude Bertrand

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Écritures urbaines

Ces photographies sont extraites du livre photo « Écritures urbaines » que j’ai produit en 2024. Elles ont pour objet les écritures sauvages sur les murs des villes, Marseille en l’occurrence. Écritures sous forme de graffitis, de pochoirs ou de collages dont le seul but est de faire passer un message sans recherche esthétique particulière. Elles reflètent une pratique ancestrale qui, loin d’avoir disparue à l’ère des réseaux numériques, se revivifie et retrouve l’évidence du graffiti, synonyme de contestation et de libre expression.

Les murs ont la parole. Ils parlent de politique et des préoccupations actuelles (liberté individuelle, écologie, luttes féministes). D’amour, d’égalité, de violence. De problèmes locaux. De questions existentielles ou égotistes. Mais, qu’elles fassent sens ou non, les écritures murales sont avant tout porteuses du même message : elles sont là pour être lues.
Elles sont éphémères. Ce sont des écritures exposées qui se transforment, se dégradent et disparaissent à cause des intempéries, de la réaction des lecteurs, de la concurrence d’autres productions graphiques dans le paysage urbain ou de la lutte anti-graffiti des pouvoirs publics.
Anonymes, illégales, ces écritures incarnent une forme de résistance, d’expression libre et créative au sein de l’espace public. Elles défient l’ordre établi, questionnent les limites de la liberté d’expression.

Les textes que les murs tissent constituent un livre secret étalé au grand jour — c’est la ville qui s’écrit — et les murs, supports de ces écrits, sont les lieux de la rencontre de l’action et de la contestation. Les écritures murales révèlent, d’une manière à la fois authentique et en phase avec la réalité actuelle, l’esprit de la ville et plus largement l’air du temps.

Pour photographier les écritures murales en tant qu’énoncés et traces éphémères j’ai choisi un cadrage frontal, géométrique, relativement serré, sans présence humaine si ce n’est celle métaphorisée par l’écriture. L’absence de perspective et les plans sans profondeur, confèrent aux murs une valeur d’inscription, une qualité de palimpseste dont on déchiffrerait les couches successives.

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