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Circulation(s) 2016 : Entretien avec Emma Grosbois

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Voici l’entretien entre Emma Grosbois et Sophie Bernard, dans le cadre de notre couverture du festival Circulation(s). En 2014, Emma Grosbois visite Palerme pour réaliser la série « Ceux qui nous regardent ». Son travail porte sur le mélange entre le sacré et le profane et sur la survivance d’« autels » dans des lieux de la vie quotidienne. L’assemblage des images suggère un désordre qu’il convient de déchiffrer : ce sont le vécu et la personnalité des personnes qui transparaissent.

Pourquoi êtes-vous devenue photographe ?

J’ai vraiment le sentiment de me nourrir par les yeux. Je m’embarque dans mes projets comme dans des aventures ; il s’agit d’une quête. J’espère pouvoir continuer car vivre de la photographie, ce n’est pas évident.

Justement en vivez-vous ?
Je suis inscrite à la maison des artistes car je fais des installations inspirées de dispositifs optiques (camera obscura, lanterne magique) et je collabore avec une artiste et amie italienne Chiara Bettazzi. Je travaille également en tant que traductrice italien-français et fais ponctuellement des jobs alimentaires pour financer mes projets.

Avez-vous déjà publié un livre ?
Non, mais mon projet actuel prend de l’ampleur. Je le continue à Palerme au sein de la communauté Tamoul et commence à l’étendre à d’autres villes du bassin méditerranéen. La forme finale de ce travail sera, je l’espère, un livre.

Avez-vous déjà reçu un prix ?
J’ai fait partie de la sélection Jeune Photographie au Festival Reggio Emilia en 2013 et en 2014, j’ai eu le prix des lectures de portfolio de Carré sur Seine au moment de Paris Photo.

Comment avez-vous connu le festival Circulation(s) ? Qu’en attendez-vous ?
Je suis le festival depuis longtemps et j’ai participé aux JEEP organisées par Circulations en 2015 avec l’école Fondation Marangoni. J’espère y faire des rencontres et y avoir des échanges fructueux qui déboucheront sur des collaborations.

Décrivez le propos de votre série et expliquez pourquoi vous avez décidé de la faire.
“Ceux qui nous regardent” est une série sur les autels et la présence des images sacrées et profanes dans les intérieurs palermitains (garages, boutiques, ateliers). Préoccupée par le pouvoir des images en général, leur valeur et leur épaisseur dans la vie, je cherchais des usages dans le réel qui puissent donner des clés pour comprendre. Mon premier voyage à Palerme et la lecture du livre “Le Christ s’est arrêté à Eboli” de Carlo Levi ont inspiré ce travail. Dans ce livre, Carlo Levi parle de deux images systématiquement présentes dans les maisons des paysans du village de Lucanie, aujourd’hui Basilicata, où il était assigné à résidence sous le fascisme en Italie : la Madonne de Vigiano et le président Roosevelt. Dans le livre, il se demande s’il ne s’agit pas des deux images qui se sont partagées le pouvoir sur la terre. A partir de là j’ai préparé la série en lisant des ouvrages sur la Sicile et le Sud de l’Italie en général. J’ai effectué deux premiers voyages à Palerme sans photographier pour d’abord tenter de comprendre.

Quels sont vos maîtres ou vos références dans la photographie ou dans l’histoire de l’art ?
Luigi Ghirri, Wolfgang Tillmans et Giambattista della Porta, alchimiste napolitain du XVIe siècle.

Pensez-vous que la photo ou une photo peut changer le monde ?
Je pense avant tout qu’une photo contient des mondes, conscients et inconscients. Sa pertinence dépend justement de la conscience du photographe, des codes qu’il manipule et des codes par lesquels il est manipulé. Une photo ne change pas le monde, c’est ceux qui la font et la donnent à voir qui le changent. Je suis convaincue qu’il faut penser les images, refuser cet étourdissement de leur profusion. Penser les images pour choisir les mondes que l’on transmet et que l’on donne à voir.

En quoi la photographie a-t-elle changé votre point de vue sur le monde ?
La photographie m’a permis d’affiner mon point de vue sur le monde et surtout de choisir, de faire l’effort de choisir ce que l’on montre et ce que l’on photographie dans ce vaste réel. La photographie est une sorte de “terrain confluant”, c’est sa qualité de média car elle n’est rien toute seule et ça, c’est génial. Cela permet d’articuler différents liens et résonances.

FESTIVAL
Festival Circulation(s) – Jeune Photographie Européenne
Du 26 mars au 7 août 2016
CENTQUATRE
5 rue Curial
75019 Paris
France
Fermé le lundi et le mardi
Plein tarif : 5 euros
Tarif réduit : 3/2 euros
Les expositions en plein air sont libres d’accès ainsi que Little Circulation(s)

Catalogue
Editions 2016, 22 euros
http://www.festival-circulations.com
http://emmagrosbois.ultra-book.com

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