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Carine Zanella

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Les bidons jaunes

Chaque matin, depuis longtemps et encore pour longtemps, près de Bujumbura au Burundi, des dizaines d’enfants et d’adolescents enfourchent leurs vélos pour rejoindre la rivière Mugere.
Ils partent tôt, quand la lumière est encore douce.
La route est longue : des pistes cabossées sur plusieurs kilomètres, en descente à l’aller, en montée au retour.
Ils n’y vont pas pour s’y baigner….
Dans la plupart des quartiers du pays au mille collines, il n’y a pas d’eau courante et les bornes-fontaines fonctionnent mal ou sont trop chères pour les familles. Alors l’eau de la rivière devient la seule solution pour cuisiner, se laver ou simplement boire après l’avoir bouillie…
Arrivés au bord de la Mugere, les enfants, riant, chantant, se taquinant, remplissent, venus d’on ne sait où, ces vieux bidons jaunes de plus de vingt litres. Le geste est rapide, précis, maîtrisé, malgré les galets coupants et glissants et le courant irrégulier.
L’ambiance est vivante, presque joyeuse mais la réalité et les bidons restent lourds.
Le retour est le moment le plus difficile.
Les vélos usés, rafistolés, parfois crevés, supportent près de 60 kilos d’eau, parfois plus. Impossible de pédaler !
Alors, ils poussent, tirent, s’accrochent en s’aidant du poids de leur corps, un pas après l’autre, sous la chaleur qui monte.
Quelquefois, ils feront le trajet deux fois.
L’eau servira pour la cuisine du soir, pour laver le linge ou pour remplir une bassine. Le lendemain, ils recommenceront.
Ce travail marque leur quotidien et rongent leur temps d’enfance.
(Texte Jean-Claude Raskin)

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