Hors le monde
Sept semaines hors du monde, suspendue dans un espace-temps étrange, celui des malades.
Sept semaines rythmées par les chimiothérapies, la radiothérapie, la curiethérapie, les IRM, les cathéters, les prises de sang, les brûlures, la fatigue, les nausées, la peur.
Un quotidien médicalisé, calibré, organisé, protocolisé sous haute surveillance. Un corps qui devient objet. Objet de soin.
Je viens de tomber.
Tomber du camp des gens « en parfaite santé » dans celui des malades.
Je perds mon identité.
J’ai honte, honte de ce corps affaibli, de cette vulnérabilité affichée.
Pendant sept semaines, mon horizon s’est réduit aux couloirs d’hôpitaux, aux salles d’attente, à la seringue qui pénètre mon bras, à l’accélérateur linéaire qui chaque jour entoure mon corps mais aussi à la bienveillance des médecins, des infirmières, aux attentions précieuses de ma famille et de mes amis… à la solitude absolue aussi.
Sept semaines au cours desquelles j’ai acquis un nouveau vocabulaire : carcinome, cisplatine, chimio… des mots qui résonnent comme des injures.
Alors, j’ai fait des photos… comme pour mettre une distance entre mon esprit et mon corps. Ce corps habité par la chimie et les brûlures, cet esprit envahi par la peur ou l’espoir.
En définitive, rien d’exceptionnel tant de personnes passent par là.














