Présentée dans le cadre du programme associé du Auckland Festival of Photography, l’exposition Mark Adams: A Survey | He Kohinga Whakaahua, organisée par la Auckland Art Gallery, constitue la première rétrospective d’envergure consacrée à cette figure essentielle de la photographie documentaire néo-zélandaise.
Le photographe Mark Adams est bien connu en Aotearoa Nouvelle-Zélande. Depuis plus de cinquante ans, il parcourt le pays avec sa chambre photographique pour documenter l’identité complexe du territoire néo-zélandais, explorant son histoire coloniale, l’importance de la culture maorie et les relations interculturelles du Pacifique. Sa pratique sensible et rigoureuse puise autant dans une approche esthétique méticuleusement réfléchie que dans une attention particulière à l’anthropologie et l’histoire. Réunissant près de soixante-dix photographies, la Auckland Art Gallery propose de revenir sur les thématiques majeures de son œuvre.
L’exposition s’ouvre sur une série emblématique menée de 1978 et 1986 à Rotorua, centre majeur de la culture māorie. C’est à Rotorua que Mark Adams a rencontré le sculpteur Georges Ihaka Brown et commencé à s’intéresser aux arts māoris. De cette amitié est née une volonté commune de préserver et valoriser les traditions māories à travers la photographie. Les images de Rotorua indiquent également l’intérêt du photographe pour l’hybridation entre la culture māorie et la culture européenne coloniale : « Les photographies représentent une réponse subjective à la région, à sa géomorphologie et à la conjoncture formée par les cultures qui l’habitent ; la polynésienne et la coloniale européenne. La relation de pouvoir évolutive entre ces deux cultures est incarnée dans des artefacts qui transmettent, de manière ironique et métaphorique, l’historicité du lieu et, par extension, celle du pays tout entier. » On observe déjà dans ce travail toute la délicatesse du langage photographique de Mark Adams, qui, plutôt que d’imposer un regard, préfère poser des questions afin d’amener le pays à s’interroger sur son passé colonial.
Une autre section met en lumière son travail sur le tatau (tatouage traditionnel samoan) à Tāmaki Makaurau, Auckland qu’il mène à partir de 1978. Fruit d’une véritable collaboration avec les maîtres tatoueurs qu’il photographie, cette série capture avec respect et précision les rituels et les symboles d’une pratique ancestrale ainsi que la transmission culturelle au sein de la diaspora samoane. S’il marque un véritable tournant dans la pratique documentaire de Mark Adams et la prise de conscience de son rapport de « regardeur extérieur » vis à vis de ces communautés, ce projet met également en lumière la relation de confiance et d’intimité qu’il a su établir avec les communautés qu’il documente.
L’exposition présente également des photographies de lieux chargés d’histoire, tels que les sites de signature du Traité de Waitangi (1840) et les sites visités par le capitaine James Cook a son arrivée sur le territoire en 1769 — arrivée qui a marqué la naissance du colonialisme en Nouvelle-Zélande. Pour ce travail, Mark Adams a notamment réinterprété des tableaux du peintre officiel de l’expédition de Cook, William Hodges. L’un d’eux représente un membre de la tribu Kāti Māmoe debout sur un rocher devant un paysage. Le photographe a retrouvé ce rocher et y a placé son appareil pour réaliser une vue panoramique depuis le point de vue de la personne portraiturée, inversant ainsi les regards et la dynamique de pouvoir qui leur sont attachés. Outre les images panoramiques dans lesquelles le niveau de l’œil est une question essentielle, Mark Adams a également réalisé plusieurs expérimentations autour du photogramme, explorant la dimension matérielle de son travail. Cette recherche technique constante illustre son intérêt pour les différents processus photographiques et leur capacité à communiquer la complexité des récits qu’il aborde.
Mark Adams: A Survey | He Kohinga Whakaahua offre une immersion fascinante dans l’œuvre du photographe néo-zélandais, révélant son engagement indéfectible envers la mémoire, l’identité et le dialogue interculturel. Elle met également en lumière le statut particulier que ce dernier a acquis auprès des communautés qu’il documente et la manière dont il navigue entre immersion et observation. Bien qu’il soit Pākehā (Néo-Zélandais d’origine européenne), Mark Adams a entretenu, au fil de ses cinquante années de carrière, des relations profondes et durables avec les communautés māories et samoanes. La dualité de sa position, entre « outsider » et « insider », lui permet de saisir toute la complexité des identités culturelles en Nouvelle-Zélande, sans prétendre parler au nom des communautés représentées.
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