Pour parler de sa photographie, Riccardo Varini dit qu’elle « chuchote ». Et ce mot traduit à lui seul l’attrait subtil mais tenace qu’exercent ses images. Chez lui, aucun sujet extraordinaire, pas de couleurs clinquantes ni d’autres formes de grandiloquence. Avec un langage épuré, l’artiste transforme les paysages de sa région natale de l’Émilie-Romagne, en Italie, en poèmes visuels pleins de sensibilité.
Chez Riccardo Varini, la photographie ne vise ni la restitution exacte du réel, ni la captation spectaculaire d’un moment décisif. Elle cherche plutôt à ouvrir une brèche, une respiration, un seuil. Photographe autodidacte, Varini entame son parcours artistique en 1979, mais c’est sa rencontre avec Luigi Ghirri qui oriente profondément son regard. À travers lui, il découvre une autre manière de faire image : attentive au quotidien, lente, méditative, construite par la lumière et les vides.
Ce qui caractérise le travail de Varini, c’est une tension constante entre disparition et présence. Ses photographies semblent vouloir effacer les contours du monde pour mieux en révéler l’essence. « La photographie, c’est aussi pour moi un moyen de faire de la poésie, de ralentir la frénésie de l’époque actuelle », affirme-t-il. Cette posture se traduit visuellement par une esthétique de l’épure, où les couleurs sont désaturées, les objets réduits à leur forme la plus simple, et les scènes baignées d’une lumière diaphane.
Son approche trouve ses racines dans un accident fondateur : un tirage accidentellement surexposé produit une image quasi blanche, débarrassée de tout superflu. Ce choc visuel devient la matrice d’un langage photographique minimaliste. Dès lors, Varini travaille la lumière comme une matière : surexposition volontaire, palette réduite, disparition des fioritures. « Seul l’essentiel subsiste », dit-il. Ses compositions sont construites avec précision : quelques éléments — souvent inanimés — posés dans de vastes espaces vides, « pour qu’ils puissent respirer ». Le reste est silence.
Ses images captent ce qui échappe à la description : un état d’âme, une résonance intime, une « géographie de l’âme » selon ses propres mots. Les paysages du Pô, des Apennins ou de la Riviera Romagnole — des régions italiennes qui lui sont familières — deviennent des lieux intérieurs, chargés de mémoire et de réminiscences, mais jamais anecdotiques. Ils parlent moins de lui que de nous tous, de nos émotions diffuses, de nos solitudes partagées.
Dans la série Silenzi Bianchi, le blanc domine. Neige et brume recouvrent les paysages, abolissant les repères spatiaux. Seuls subsistent quelques arbres dénudés, des lignes douces, des formes presque effacées. À rebours d’une photographie rapide et bavarde, Varini propose une photographie lente, presque méditative.
Dans la série Inverni, ces motifs s’approfondissent. Les paysages hivernaux sont montrés sous la neige ou dans le brouillard, empreints de paix et de silence. Des arbres sans feuilles, des silhouettes d’animaux lointains se détachent sur les étendues blanches, dessinant des compositions graphiques et délicates. Sur certaines photographies, un aplat turquoise apparaît au premier plan : la vitre de la voiture du photographe. Comme souvent chez Varini, cette surface agit comme un seuil symbolique : une séparation poétique, une invitation à contempler le monde sans s’y imposer.
Ce qui rend son œuvre si singulière, c’est l’unité entre intention artistique, langage visuel et matérialité de l’image. Varini contrôle toutes les étapes de la création et agence chaque élément de l’image, jusque dans son absence. Il tire lui-même ses photographies sur papier coton, cherchant un rendu mat et velouté, proche de l’aquarelle. « C’est cette idée de sobriété qui m’a poussé à chercher un papier coton, qui se marie parfaitement avec mon propre langage », explique-t-il.
Son refus de titrer ses photographies participe de cette ouverture : chaque image devient un espace disponible pour l’imaginaire du spectateur. « Je souhaite que ceux qui les regardent se sentent libres de leur attribuer leur propre signification », affirme-t-il. Plutôt que de figer un sens, Varini préfère susciter une émotion, une résonance intérieure, un moment suspendu.
Dans un monde saturé d’images parfois tapageuses, le travail de Riccardo Varini agit comme un contrepoint salutaire. Il nous rappelle que l’image peut être un lieu de silence, de lenteur, de regard intérieur. Une photographie qui ne cherche pas à tout montrer, mais à laisser place à ce qui ne se dit pas.
Riccardo Varini
Riccardo Varini est un photographe italien né en 1957 à Reggio Emilia (Italie). Son travail, mêlant poésie visuelle et épure, figure dans les collections du CSAC de Parme, du MAXXI de Rome et d’autres institutions majeures. Repéré par Cristina Franzoni (Zoom Magazine) pour ses paysages des Apennins, il est encouragé à exposer à l’échelle internationale. En 2007, le professeur Arturo Carlo Quintavalle l’intègre aux archives du CSAC et préface Silenzi (2008), ouvrage marquant de Varini. Sa première exposition personnelle lors de Fotografia Europea 2009 assoit sa reconnaissance, suivie d’invitations à Arles, Paris, Berlin ou Tokyo. En 2016, une rétrospective de 170 œuvres aux Chiostri di San Domenico (Reggio Emilia, Italie) consacre son parcours. Varini poursuit une œuvre singulière, à la croisée de la photographie contemplative et de la peinture, saluée pour sa profondeur et sa sensibilité.
Plus d’informations
Biographie, interview-vidéo et portfolio de Riccardo Varini sur le site de la galerie Artistics.















