Pour cette Chronique Livre spéciale Arles, je me permets un saut dans le temps pour vous présenter un ouvrage sorti il y a déjà un an, mais qui résonne toujours très fortement. Publié par Dunes Éditions, Les Ruines Circulaires d’Orianne Ciantar Olive sera en signature pendant la semaine d’ouverture. Ce livre nous plonge dans un voyage poétique et engagé au cœur d’un Liban brûlé par le soleil et marqué par les cicatrices de la guerre.
Une des grandes questions qui traversent l’œuvre d’Orianne Ciantar Olive est la manière dont nous consommons des images de guerre, à l’heure où celles-ci inondent notre quotidien au point de nous y désensibiliser :
« Il y a une espèce de fatigue visuelle, psychologique, vis-à-vis de la somme d’images de guerre qui nous arrive chaque jour. La question est de savoir comment on réintéresse à un conflit. Comment on permet à une personne de pouvoir se reconfronter à un conflit, sans nourrir ses propres traumatismes, ou en court-circuitant son ennui vis-à-vis de l’image de guerre. »
Si elle explore différentes pistes à travers les dispositifs scénographiques et de médiation qu’elle utilise pour partager ses projets, ce travail d’altération de notre rapport aux images de guerre commence sur le terrain, où la photographe adopte déjà un parti-pris formel radical. Dans Les Ruines Circulaires, elle dresse un portrait du Liban frôlant parfois l’abstraction. Les visages sont solarisés, les paysages, qu’ils soient naturels ou urbains, sont souvent flous et capturés sur une pellicule retournée, baignant les images de tonalités jaunes, oranges et rouges. Mais cette abstraction est trompeuse. Elle attire notre regard et nous livre ses indices : ici des barbelés entremêlés, là une roquette marquée de l’inscription « Made in U.S.A », plus loin le mur de Kfar Kila, symbole des tensions entre le Liban et Israël et détruit lors de la reprise du conflit.
La vision poétique devient alors politique. Dans cette région, la poésie n’est-elle pas l’un des langages principaux de la résistance ? Pour Orianne Ciantar Olive, elle est le prisme à travers lequel aborder ce territoire, dont elle veut raconter la violence de la guerre, de l’occupation et de l’exil, qui affecte les populations de manière cyclique depuis une décennie.
À l’origine, le projet devait la mener jusqu’à Damas, qu’elle comptait atteindre en empruntant la ligne de chemin de fer qui reliait le Liban à la Syrie, avant d’être détruite pendant la guerre civile. « Je tenais à faire ce voyage à pied car en suivant l’ancien tracé des rails, on peut observer toute l’histoire de la destruction et de la reconstruction du pays. » N’ayant jamais réussi à passer la frontière, elle ressent avec acuité ce sentiment d’être pris au piège, de tourner en rond, qui saisit le peuple libanais, pris en étau par des frontières infranchissables — celles de la Syrie au nord et à l’est, celle d’Israël au sud et celle, naturelle, de la Méditerranée à l’ouest.
Orianne Ciantar Olive restera finalement quatre ans au Liban. Nourrie par la poésie d’Etel Adnan, notamment son poème L’apocalypse arabe, qui évoque des soleils rouges, bleus et verts, elle fait du soleil le fil conducteur de ce projet. Il embaume chaque page de Les Ruines Circulaires de tonalités chaudes et profondes. Au cœur même de l’ouvrage brille un soleil rouge, accompagné de vers rédigés par la photographe :
« Si le Soleil se levait à l’ouest,
pour se coucher à l’est,
où le Phenix irait-il enterrer son père ?
Nabil, perçois-tu dans ce marc de café,
nos destins en orbite,
cette ombre impossible à conter? »
Nabil, le Liban. Un palindrome à l’image de ce livre. À partir de ce soleil central, les images se redéploient en miroir, laissant le lecteur libre de choisir le sens de lecture, d’entrer par son propre chemin et de toujours pouvoir le redécouvrir d’une nouvelle façon. Libre de se confronter à cette guerre d’une autre manière.
Orianne Ciantar Olive — Les Ruines Circulaires
Publié par Dunes Éditions
Poèmes : Orianne Ciantar Olive
Postface : Sabyl Ghoussoub
Design graphique : Bureau Kayser
138 pages, format : 16 x 24 cm
Reliure : spirale
Édition de 1000 exemplaires
Textes en français et anglais
Disponible en ligne et dans toutes les bonnes librairies.
Orianne Ciantar Olive sera en signature le mercredi 9 juillet de 17h30 à 19h30 à l’ENSP, 30 av. Victor Hugo 13200 Arles dans le cadre d’Arles Book Fair.


















