Cet été, le magazine Aperture présente « Secrets », un numéro explorant les forces cachées qui façonnent nos vies et ce que nous voyons — du contrôle étatique et de la collecte de renseignements au voyeurisme et aux gestes codés.
Quel pouvoir un secret détient-il à une époque d’une visibilité imp itoyable, où nous sommes pressés d’exposer et de partager en permanence nos vies ? « Secrets » regorge d’indices, même si la révélation n’est pas toujours le but recherché. À Mexico, Iñaki Bonillas porte un regard perspicace sur les recoins, les anfractuosités et les placards de l’Estudio Barragán, explorant comment la mémoire s’inscrit dans l’architecture et l’art. Estelle Hanania documente les traditions costumières européennes, sondant la catharsis rituelle de la transformation de soi par le déguisement monstrueux. Et à Los Angeles, John Divola cherche la vérité dans les décors vides de X-Files.
« Je n’ai jamais cherché à dévoiler, j’ai cherché attentivement à comprendre », déclare Taryn Simon dans un entretien couvrant l’ensemble de sa carrière, mené en prévision de sa grande rétrospective cet automne au Guggenheim Museum de New York. Simon — dont l’œuvre a constamment tiré le rideau sur les structures invisibles qui façonnent le quotidien — explique comment la photographie a toujours existé dans une sorte d’espace interstitiel entre révélation et dissimulation.
Yechen Zhao contribue un essai sur l’œuvre de Li Zhensheng, qui a documenté la Révolution culturelle tout en dissimulant des milliers de négatifs sous son plancher pour échapper aux confiscations de l’État. Emily LaBarge écrit sur l’héritage du voyeurisme en photographie, en s’intéressant notamment aux artistes, dont Sophie Calle et Merry Alpern, qui ont repoussé les limites entre vie publique et vie privée. Et à Milan, Chiara Bardelli Nonino dresse le portrait du photographe de mode Szilveszter Makó, une étoile montante dont les univers intimes sont devenus un phénomène viral. Le numéro présente également des œuvres inédites de Sarah Charlesworth et Alix Cléo Roubaud, qui ont toutes deux laissé des corpus d’images énigmatiques enveloppés de questions ouvertes.
Une série commandée en exclusivité à la photographe londonienne Polly Brown documente les gestes secrets utilisés dans diverses professions, des serveurs aux membres de la famille royale. La couverture reproduit Stag Do, une photographie représentant le signal qu’utilisent les hôtesses de l’air britanniques pour prévenir leurs collègues de la présence d’un enterrement de vie de garçon à bord.
À l’ère du trop-partage et de l’érosion de la vie privée, un secret bien gardé acquiert une nouvelle valeur, un moyen de se soustraire à un système qui veut tout savoir de vous. Les photographes présentés dans ce numéro montrent comment les secrets peuvent tisser de l’intimité, créer de la solidarité entre travailleurs, devenir une forme de jeu, propulser un récit policier captivant, ou résister au langage lui-même.
Aperture – Numéro 263 : « Secrets »
https://store.aperture.org/products/aperture-no-263














