Elemental
Alors que la sphère humaine de ce monde est en proie à une agitation croissante, les éléments fondamentaux – l’eau, l’air, le feu, la terre – acquièrent une signification nouvelle et puissante pour l’humanité. Cette turbulence humaine grandissante engendre un vacarme assourdissant, souvent une cacophonie de violence, de peurs, de dissonance, de détachement de la réalité, d’idées poussées à leurs extrêmes les plus grotesques. Il n’est pas surprenant que nombre d’entre nous se sentent désorientés, perdus et menacés de se perdre eux-mêmes. Et il n’est pas surprenant non plus que beaucoup se tournent vers les Éléments fondamentaux, qui préexistaient à la civilisation humaine depuis des millions d’années, en quête d’un espace de silence où tenter de se reconnecter à soi-même. Entrer en contact avec les Éléments est simple une fois le pas franchi, mais cela implique de franchir un seuil, une frontière à la fois physique et mentale. Dans ÉLÉMENTAIRE, la caméra franchit ce seuil avec certains humains qui le font, tentant de saisir des fragments de leur contact avec les éléments – qu’il soit empreint de beauté, de tendresse, de peur, de tension ou de libération. On aurait pu photographier ce paysage n’importe où, car le monde que nous habitons est composé d’éléments. Pourtant, cette image a été prise dans un lieu précis sur Terre, un endroit qui, à mon avis, illustre parfaitement ce récit : les îles Éoliennes, en mer Méditerranée. Sur ces îles minuscules, les éléments se sont combinés et ont pris forme d’une manière unique et puissante. Nommé d’après le dieu grec du vent, Éole, l’archipel est caressé par une infinité de nuances de vents, avec leur puissance, leurs parfums et leurs chants infinis : l’air. Les sept îles ont émergé telles des perles des cataclysmes primordiaux, là où le magma intérieur de la Terre s’est mêlé à l’eau et à l’air pour créer, à partir de rien, un paysage noir, tourmenté et merveilleux : le feu et la terre. Enfin, tout autour d’elles, le souffle immense de la mer, l’élément des éléments : l’eau. Les éléments ne sont pas étrangers à la tourmente et au danger. Bien au contraire. Franchir le seuil ne signifie pas pour l’homme trouver un havre de paix, une zone de confort ou un nid douillet. Au contraire : ils sont totalement indifférents au destin de chaque individu et les humains n’ont pas le droit de se sentir en sécurité à leur contact. Mais ce contact offre une possibilité, non une promesse, que nous, humains, puissions apprendre des leçons transcendantes, essentielles à la vie, et que nos civilisations semblent de plus en plus incapables de nous enseigner.














