Rechercher un article

Yeast Photo Festival : “(N)ever Enough”. Inégalités dans l’assiette : trop ou pas assez

Preview

(N)ever Enough est le thème de la quatrième édition du Yeast Photo Festival. Jusqu’au 9 novembre, il transforme Matino et le Salento (la partie la plus orientale de l’Italie, dans la région des Pouilles) en un atlas visuel des contradictions de notre époque : la nourriture est abondante et pourtant encore refusée à certains.
L’enquête photographique se concentre sur la nourriture, en tant que reflet de l’économie, du pouvoir, de la culture et de l’identité, plutôt que simplement comme source de nutrition.

Le festival explore le contraste entre « l’abondance qui remplit nos tables et le manque qui frappe tant d’autres », explique la directrice artistique Edda Fahrenhorst.
Les projets présentés au festival mettent en lumière les coûts cachés de l’opulence gastronomique contemporaine, « qui pèsent sur l’environnement et sur ceux qui, de près ou de loin, luttent pour obtenir ce qui est essentiel à la survie ».

Les projets du festival remettent en question la rhétorique du bien-être et exposent les contradictions du système alimentaire mondial, y compris l’utilisation de la faim comme arme, l’application de la reconnaissance faciale aux animaux, et l’exploitation de l’agriculture.
Même des symboles comme le miel ne sont pas à l’abri d’un examen critique.
Dans cette enquête, la photographie devient un outil pour montrer et faire réfléchir, nous encourageant à affronter les problèmes et à imaginer des alternatives.
Les 14 projets présentés au Yeast Photo Festival forment ensemble une mosaïque explorant les thèmes de l’injustice, de l’identité, de la technologie, du pouvoir et des relations humaines.

Le regard critique et ironique de Martin Parr

À Matino, Snack It! de Martin Parr est exposé : plus de 60 photographies qui transforment la nourriture en un aperçu des habitudes quotidiennes, des excès et des obsessions.
C’est un regard ironique, irrévérencieux et critique sur la société de consommation.
Parr joue sur le court-circuit entre désir et ironie, représentant des sandwiches improbables et des gâteaux arc-en-ciel.
Son observation se développe en grammaire sociale et en étude anthropologique : ce que nous consommons devient un rituel collectif reflétant la société, chaque bouchée devenant une affirmation d’identité.
Le snack est une icône de notre époque effrénée.

Six affiches géantes, exposées sur les anciens murs de Gallipoli, soulignent le jeu entre contexte historique et perspective contemporaine.
Les œuvres de Parr sont également présentées à Lecce dans WOW!, une exposition destinée aux jeunes et aux familles, qui présente un atlas ironique et décalé, invitant les spectateurs à distinguer entre imagination et réalité en photographie.

Blake Little et l’éternité du miel

Dans Preservation, Blake Little suspend l’image dans l’éternité du miel.
Les corps sont immergés dans le miel, qui les transforme en sculptures.
Le miel, substance archaïque, enveloppe et conserve, transfigure.
Nous vivons à une époque où le temps s’accélère et la mémoire s’efface.
Dans un âge qui consume tout, y compris la dimension visuelle, la préservation devient pour Little un acte subversif — une promesse d’identité conservée par l’acte photographique, une image où l’émotion s’évanouit, où le corps se transforme en fossile émotionnel, préservant le moment de la transformation.
Rappelant les surfaces de Rodin et les anatomies de Bacon, ses images se projettent aussi dans le langage contemporain de la culture du corps.
L’acte technique de la prise de vue conduit à une réflexion sur l’identité : le miel glisse, recouvre et transforme le sujet, qui subit une métamorphose perpétuelle mettant en question l’identité individuelle.

Projets qui font réfléchir

Les projets présentés au Yeast Photo Festival décrivent la complexité du monde contemporain.
Chacun agit comme un fragment d’un récit global sur des thèmes tels que l’alimentation, l’environnement, la migration et l’identité.
Ensemble, ils révèlent une tension entre urgence éthique et contemplation esthétique, offrant au public une interprétation réfléchie de la réalité.

Dans Taste & Track, le commissaire et historien Artur Mettetal nous emmène dans un voyage ferroviaire de trente ans entre l’Italie et la France.
Le design standardisé des wagons, la vaisselle en plastique, les cartes ferroviaires et les repas servis à bord offrent des indices sur un mode de vie en mutation.
Le voyage est présenté comme un journal visuel, redonnant au train sa valeur symbolique de lieu d’appartenance et de mémoire, plutôt qu’un simple moyen de transport.

Hiền Hoàng, lauréate du Irinox Save the Food Award, explore les thèmes de la diaspora et des stéréotypes à travers des souvenirs familiaux dans Across the Ocean, construisant des images qui défient les récits dominants et déconstruisent les formes pour générer des contre-images restituant toute la complexité des identités asiatiques en Europe.

Dans One Third, Klaus Pichler transforme les aliments périmés en natures mortes visionnaires, soulignant l’absurdité du gaspillage alors que tant de gens souffrent encore de la faim.

Dans I N S C T S, Umberto Diecinove explore l’élevage d’insectes comme pratique régénérative, mettant en avant la capacité des insectes à transformer les déchets en ressources.

Dans Unleash Your Herd’s Potential, Dániel Szalai déplace l’attention vers l’agriculture de précision, documentant un système de reconnaissance faciale pour les vaches qui les transforme en « nuages de données ».

Pendant ce temps, Ivor Prickett, lauréat du Prix Pulitzer 2025 avec l’équipe du New York Times, éclaire la crise au Soudan dans son œuvre War on the Nile – Fragmented Sudan, qui montre comment la faim est utilisée comme une arme.

Dans The Island Within the Island, Melissa Carnemolla examine le sud-est de la Sicile comme un système extractif composé de 9 000 hectares de serres, où les frontières entre légalité et exploitation sont floues. Ce projet rend leur dignité à ceux qui travaillent dans l’ombre et nous invite à reconsidérer le véritable coût de notre nourriture.

Dans Ingrediente pentru un tort de miere cu dragoste (Ingrédients pour un gâteau au miel avec amour), Sara Lepore propose une réflexion intime née de la mémoire et d’un malentendu linguistique : une lettre d’amour qui s’avère être une recette, et un gâteau au miel qui devient un gâteau aux pommes.

Le thème de la durabilité apparaît aussi dans A Natural Order de Lucas Foglia, qui documente la vie hors réseau dans le sud-est des États-Unis, auprès de familles cultivant leur propre nourriture et construisant leurs maisons avec des matériaux locaux.

Dans Green Resistance, Sara Scanderebech aborde le paysage comme un code secret, traitant chaque fragment comme un indice pour interpréter le présent. Commandée par le Yeast Photo Festival, cette œuvre interagit avec le territoire et la communauté.

Enfin, Buone Mani explore traditions et identité. À travers le geste des mains — gardiennes d’une tradition gastronomique millénaire —, le duo Flavio & Frank raconte Galatina, soulignant le lien entre innovation et mémoire, et offrant une lente célébration de la culture locale comme tissu d’identité.

Grâce à ses collaborations établies avec des organisations européennes telles que Fotofestival »horizonte zingst en Allemagne et Fotofestival Lenzburg en Suisse, le Yeast Photo Festival s’engage dans un dialogue qui transcende les frontières géographiques et culturelles, la nourriture étant un thème universel.

Paola Sammartano

 

Yeast Photo Festival 2025 – (N)ever Enough
Du 25 septembre au 9 novembre 2025
Divers lieux à Matino, Lecce, Gallipoli, Castrignano de’ Greci, Galatina, Supersano (Région des Pouilles)
https://www.yeastphotofestival.it/

Merci de vous connecter ou de créer un compte pour lire la suite et accéder aux autres photos.

Installer notre WebApp sur iPhone
Installer notre WebApp sur Android