Éclectique enfantine
C’est le temps de l’enfance, c’est le temps où, passages grands ouverts, chacun de nos sens accueille généreusement les manifestations de la Vie que ne filtre pas encore une conscience de soi.
Bien sûr, il y a la famille, les amis, cette humanité qui nous entoure, nous protège et nous guide. Mais c’est en solitaire, dans un endroit secret de nous seul habité : cabane dépouillée, arbustes hospitaliers, recoin délaissé d’une maison de famille, que l’on s’ouvre à ce monde : le nôtre et celui qui nous accueille.
C’est là, des heures durant, que de minuscules insectes livrent leur mode de vie. La brise, les rayons de soleil, la course des nuages suggèrent l’existence de forces endormies. C’est là, un peu réduit, le théâtre de ce qui nous est promis.
Chaque jour, chaque instant consacré à contempler le spectacle d’une vie qui s’anime, autour de nous et avec nous, marque à jamais les rencontres à venir.
Et puis, à l’heure où le soleil décroît, dans le parfum acide et fort de l’herbe foulée ou au contact froid d’un ancien pavé, résonnent au loin des voix familières qui nous rappellent alors que le voyage se poursuivra demain.
A ces expériences, d’autres s’ajouteront, repoussant chaque fois un peu plus ces premières sensations au fond d’une mémoire qui accueille sans répits et jamais n’évacue.
Puis un jour, le lien se tisse entre l’adulte devenu et l’enfant qu’on était. L’écho des premiers jours résonne à l’esprit après bien des années. En une vague immense, déferlent sans retenue des souvenirs enfouis. Le vent chaud d’une contrée lointaine, le parfum d’une ville inconnue, la mélodie d’une voix de passage ou la rencontre d’une photographie signent ces instants très vagues et très aigus de l’impression de les avoir vécus.
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