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Villa Médicis Rome : Agnès Varda : De-ci De-là, Paris-Rome

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La rétrospective consacrée à Agnès Varda à la Villa Médicis déploie un éventail de correspondances où photographie et cinéma ne cessent de flirter ensemble. Héritée d’un patient travail mené par le musée Carnavalet – Histoire de Paris, sous la direction de Anne de Mondenard et Paris Musées, l’exposition, déjà présentée à Paris en 2025, trouve ici un nouvel écho, entre mémoire et voyages.
Dès l’entrée, le parcours insiste sur les années fondatrices. L’installation de Varda rue Daguerre, dans cette cour-atelier transformée en laboratoire, studio et lieu d’exposition. Plus qu’un simple décor biographique, cet espace devient un lieu fondateur. On y voit se former un regard, déjà attentif aux marges, aux gestes ordinaires, aux silhouettes anonymes qui peuplent un Paris d’après-guerre loin des clichés pittoresques. En contrepoint, les extraits de Cléo de 5 à 7 ou de Daguerréotypes révèlent une continuité ; la caméra prolonge l’œil de la photographe, glissant d’un médium à l’autre avec une liberté presque artisanale.

La singularité de Varda tient à cette oscillation constante entre documentaire et fiction, entre commande et geste intime. Les archives de Ciné-Tamaris, aujourd’hui dirigée par Rosalie Varda et Mathieu Demy, témoignent de cette circulation des formes. Affiches, tirages originaux, photographies de tournage composent une constellation où chaque image semble appeler son double filmique.
À Rome, toutefois, un déplacement s’opère. L’exposition s’ouvre à l’Italie de Varda, moins connue, plus fragmentaire. Les clichés réalisés à Venise en 1959 frappent par leur attention aux motifs récurrents — linge suspendu, percées sombres — qui annoncent déjà une poétique du quotidien. Un autoportrait, posé avec humour devant une toile de Gentile Bellini, affirme sa présence, celle d’une artiste consciente de sa propre image, jouant de sa coiffure iconique.

Le séjour romain de 1963, quant à lui, inscrit Varda dans un environnement cinématographique en pleine effervescence. Envoyée pour photographier Luchino Visconti, elle rejoint Jean-Luc Godard sur le tournage du Mépris, capturant Brigitte Bardot, Jack Palance et Michel Piccoli dans une série d’images où le reportage devient déjà mise en scène. En invitant des artistes contemporains – d’Alexandre Calder à Martine Franck en passant par Dominique Genty – à dialoguer avec cette œuvre, la Villa Médicis ne cherche pas tant à actualiser Varda qu’à révéler la recherche d’une identité stylistique.
Ainsi, loin d’une simple rétrospective, l’exposition compose une cartographie sensible ; celle d’une œuvre où chaque image, fixe ou en mouvement, participe d’un même geste : habiter le monde, en saisir les recoins, et y inscrire avec humour, une forme de liberté.

Jean-Jacques Ader

 

« De-ci de-là, Paris-Rome », exposition d’Agnès Varda à la Villa Médicis de Rome, du 25 février au 25 mai 2026. Commissaire d’expo Paris : Anne de Mondenard, musée Carnavalet ; Italie : Carole Sandrin, institut pour la photographie.

Villa Medicis Rome
Viale della Trinità dei Monti, 1
00187 Roma RM, Italie
https://villamedici.it/

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