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Top Museum de Tokyo : Don’t Think. Feel. / Voir ne suffit plus

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Jusqu’au 21 juin, le TOP Museum (Tokyo Photographic Art Museum) propose une exploration résolument sensible de sa collection photographique. À l’heure de l’intelligence artificielle, l’exposition Don’t Think. Feel. envisage l’image comme un puissant catalyseur d’émotions et de perceptions, invitant le visiteur à se laisser entraîner dans les méandres de l’imaginaire.

Des lunes brillent et, sur un mur blanc, trois mots : « Don’t Think. Feel. » Ensemble, ces éléments donnent le ton d’une exposition peu commune : ici, on ne regarde pas simplement les œuvres, on les ressent. Empruntant son titre à une célèbre phrase de l’artiste et philosophe hongkongais Bruce Lee (« Don’t think. Feel. It’s like a finger pointing away to the moon. Don’t concentrate on the finger, or you will miss all that heavenly glory »), l’exposition célèbre les émotions humaines. Divisée en cinq chapitres, elle puise des images issues de trois siècles dans la vaste collection du musée et leur offre une nouvelle grille de lecture. « Je me suis donné comme défi de sélectionner des photographies qui évoquent le toucher, mais cela s’est révélé très difficile », explique Tetsuro Ishida, co-commissaire de l’exposition. « Naturellement, la photographie est un médium visuel ; il est donc rare de trouver des œuvres qui sollicitent la sensation tactile. Et ce jugement ne peut être que subjectif. »

Le pari est pourtant réussi. Le fer à repasser couvert de clous de Man Ray éveille une sensation de picotement, tandis que les coquillages photographiés par Onchi Kōshirō invoquent l’eau iodée de la mer qui sèche sur la peau. « Bien qu’il soit impossible de toucher physiquement les œuvres, une œuvre qui donne envie d’être touchée exige aussi de la part du spectateur une certaine imagination », poursuit le commissaire. Pour Tetsuro Ishida, l’œuvre qui incarne le mieux Don’t Think. Feel. est peut-être cette photographie de Sakae Tamura, issue du livre Birds of River Tama, montrant un poussin fraîchement éclos niché au creux d’une main. « C’est une œuvre qui n’avait encore jamais été exposée », ajoute-t-il.

 

Ce que l’IA ne peut pas commissarier

À travers les salles se déploie un parcours sensoriel réunissant des artistes japonais et internationaux. Des photographies de famille peu conventionnelles de Masahisa Fukase à la poésie visuelle de Yōichi Midorikawa, surnommé « le magicien des couleurs », en passant par les paysages hypnotiques d’Edward Weston, l’exposition apparaît comme une réponse à notre époque saturée d’images numériques en proie aux modifications générées par l’IA. « Les idées d’exposition naissent souvent d’expériences personnelles. Pour celle-ci, tout est parti d’une playlist générée par une IA. Elle sélectionnait des morceaux correspondant parfaitement à mes goûts, mais sans surprise ni découverte. C’était purement statistique. L’IA pourra sans doute organiser des expositions, mais une exposition conçue par un être humain restera toujours plus intéressante, parce qu’elle contient les pensées et les émotions de celui qui l’a imaginée », confie Tetsuro Ishida.

Conçue avec la commissaire Maiko Kobayashi, l’exposition s’articule autour de thèmes tels que « la mémoire », « la famille » ou « ce qui se cache derrière une image », en puisant dans les 39 000 œuvres de la collection du musée. « Il y a de nombreuses œuvres historiques du XXe siècle et de l’époque Shōwa. Cela reflète tout simplement la nature de la collection. Pour éviter une présentation trop austère, nous avons intégré des œuvres contemporaines plus marquantes, souvent de grand format, afin de créer un équilibre visuel », précise le commissaire.

 

« Être en vie » selon Rinko Kawauchi

Parmi les œuvres contemporaines se trouvent des photographies et des films de l’artiste japonaise Rinko Kawauchi. Une salle entière, intitulée Illuminance, lui est consacrée et propose aux visiteurs une immersion visuelle et sonore. La nature y imprègne chaque image et invite à une forme d’introspection, à la fois personnelle et collective. Avec une grande délicatesse, Rinko Kawauchi capte la lumière et les forces invisibles qui traversent le quotidien. Les frontières entre souvenir et oubli s’y estompent, comme le suggère un texte présenté dans l’exposition : « Se remémorer soudainement quelque chose, puis le sentir s’échapper à nouveau : c’est peut-être là l’essence même de ce que signifie être en vie. »

« Selon moi, ce qui fait la force de Rinko Kawauchi en tant qu’artiste, c’est son regard, sa manière de percevoir et de montrer les choses sans se laisser enfermer par les idées préconçues ou les idéologies liées à la photographie et à l’art. Elle cherche toujours quelque chose qui se situe au-delà de ces cadres. C’est peut-être aussi ce que je poursuis constamment en tant que commissaire », conclut Tetsuro Ishida.

 

Plus d’informations sur le site du TOP Museum, Tokyo.

 

 

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