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Shanghai: les paysages de Michael Kenna

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Durant toute sa carrière, le photographe anglais Michael Kenna (né en 1953 à Lancashire) a parcouru le monde à la recherche de paysages emblématiques à la fois naturels et urbains. Ces endroits connus de tous deviennent les terrains de jeu du photographe, expérimentant alors toute la puissance des noirs et blancs, les compositions minimales, et le caractère énigmatique qu’engendre de longs temps d’exposition souvent pris durant l’aube ou le crépuscule. Les trente-six photographies argentiques présentées à la M97 Gallery ne dérogent pas à la règle.

Après une première exposition personnelle au Shanghai Art Museum en 2007, les travaux de Michael Kenna sont remis à l’honneur dans cette galerie récemment élue «meilleure galerie de photographie » (Best Photography Gallery) par le Photographer’s Companion Magazine. Le rapprochement audacieux des deux séries Hokkaido (réalisée entre 2004 et 2011) et Huangshan (réalisée entre 2008 et 2010) est un choix délibéré de l’artiste et de Steven Harris, le directeur de la M97 Gallery.

Dès l’entrée de la galerie, le spectateur sait à quoi s’attendre : blanc immaculé, brume évanescente, et noir profond dominent. S’ensuit une expérience sensorielle à travers laquelle on se plonge dans l’univers de la photographie shanshui (terme chinois désignant la peinture traditionnelle de paysage) où eau, montagne, ciel et terre s’unissent, s’affrontent, se dévoilent.

Désireux d’immerger le spectateur dans ses photographies, Michael Kenna n’utilise que des petits formats, notamment 20 x 20 centimètres pour l’occasion. Ce choix peut sembler être un obstacle à la contemplation, mais il n’en est absolument rien. Le spectateur se voit obligé d’engager un rapport presque physique avec la photographie, et cette proximité lui permet alors de contempler davantage la finesse du grain, les vibrations du blanc, la luminosité du noir, et les jeux de compositions.

Michael Kenna n’hésite pas à brouiller les repères du spectateur pour que ce dernier questionne son propre rapport à ces paysages déjà maintes fois représentés. Comme il le déclare, « mes travaux ressemblent davantage à un Haiku qu’à une prose. Je ne décris pas ce qui est là. Au contraire, j’essaie de n’utiliser qu’un ou deux éléments qui catalysent mon imagination » (« My works are like Haiku more than prose. I don’t describe what is there. Instead, I tend to employ one or two elements as the catalyst of my imagination ».). Il arrive à pousser les capacités du médium photographique jusqu’à lui conférer un aspect pictural, les arbres deviennent autant de trait de pinceaux que la brume des lavis d’encre. Ces similarités avec la peinture ne sont pas étonnantes lorsque l’on sait que l’artiste avait hésité entre la carrière de peintre et celui de photographe.

Au-delà de ces aspects formels, Michael Kenna s’inscrit également dans les traditions chinoises et japonaises tout en affirmant sa propre personnalité, puisque les montagnes Huangshan et les paysages d’Hokkaido ont de tout temps fasciné nombreux poètes et artistes locaux. Aussi il semble que ces clichés à la fois traditionnels et contemporains deviennent finalement intemporels.

Ces deux séries misent pour la première fois côte à côte attestent de l’importance des notions de mémoire, de temps et d’atmosphère présentes dans toute l’oeuvre de Michael Kenna. Préférant le pouvoir de la suggestion à celui de la description, l’artiste octroie avec brio de multiples niveaux de lecture à des représentations minimalistes.

Marine Cabos

Exposition
« Hokkaido to Huangshan »
17 mars – 29 avril 2012

M97 Gallery | Contemporary photography
97 Moganshan Road, 2F
Shanghai, China 200060
(+8621) 6266 1597
www.m97gallery.com
[email protected]

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