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Portrait de galeriste : Howard Greenberg

Jour 14

Enfin. Enfin je vais rencontrer Howard Greenberg. En face à face.
Sur la route des galeristes dans laquelle je me suis engagée il y a quelques mois, il est partout… Au détour d’un chemin, au coin d’une histoire, j’ai entendu son nom des dizaines de fois, dans les situations les plus glorieuses et les plus inattendues.
Je sais qu’il est un pilier de sa génération, un exemple pour la génération suivante, toujours une référence respectée – je soupçonne que ce qui fait sa différence c’est l’humain derrière le galeriste – j’espère que je le rencontrerai aussi.

Howard a oublié d’amener son tirage favori. Pour une fois, tant mieux, puisque il est du coup obligé de m’en montrer une reproduction dans une des quelques versions originales du Greenberg 25 dans lequel je me plonge le plus délicatement possible malgré mon excitation. C’est dans ce magnifique livre assemblé à la main qu’est son essence, sa vérité, son choix – 25 images avec lesquelles il vit et respire depuis un quart de siècle, 25 photographies qui pourraient toutes répondre à la question principale de mon projet : « et s’il n’y en avait qu’une ? »

Howard choisit Pear on Plate par Edward Steichen qui introduit son livre. Il en aime la simplicité et l’élégance, et y lit la modernité de son auteur : au lendemain de la première guerre mondiale, ses expérimentation de jeune photographe et sa grande connaissance de la peinture européenne ont conduit Steichen a créer des natures mortes dont les lignes sont quasi abstraites et ont fait de lui le premier moderniste. Howard raconte comme il est heureux et fier d’avoir pu représenter Steichen et d’avoir ainsi pu célébrer son talent hors du commun et sa place très particulière dans la photographie de l’entre deux guerres.

Il raconte aussi ses débuts de photographes à Woodstock, son amour des tirages argentiques. Il souhaite la bienvenue à l’ère du digital tout en se désolant que tous les photographes à venir ne puissent pas ressentir l’expérience unique de la chambre noire. Il ajoute en riant qu’il fait des photos avec son Iphone, assure qu’il n’y a pas eu un matin ou sa passion de la photographie lui a fait défaut, il dit même que toutes ces années, il n’a jamais regardé sa montre… Son discours est doux, posé, et résolument positif. Il prend le temps, partage et revit tout ce qu’il raconte. C’est fou cette générosité qui émane de lui. Un vrai plaisir.

Il m’a offert une copie du livre Greenberg 25.
Depuis je l’ai regardé, souvent. Et c’est comme ca que je suis tombée amoureuse une fois de plus… De Whiplash de Ted Croner – un bond en avant dans la quête de mon premier tirage.

Merci Howard

De la découverte de la photo à l’ouverture de sa galerie…
Lors de sa dernière année de lycée à Buffalo, il part en vacances à Miami chez son grand père avec son père. A l’aéroport il rencontre une jeune fille, étudiante en photographie à Parsons. C’est à travers cette courte relation amoureuse qu’il découvre la photographie. Elle lui chuchote l’idée d’acheter un appareil photo – il acquiert un Pentax.
Très vite, il quitte son envie d’études de psychologie, déménage à Woodstock et commence sa carrière de photographe au journal local.
En 1977, il crée The Center For Photography At Woodstock – une structure dont le but est de soutenir les artistes photographes. Il dit lui-même qu’il s’est laisse engloutir dans l’aventure et est devenu un administrateur du monde de l’art plus qu’un photographe.
Sur cette même lancée, il a ouvert sa galerie Photofind en 1980 à Woodstock, puis à Soho en 1986.

Son meilleur souvenir de galeriste…
Il raconte qu’il a emmené sa fille Gabrielle à Paris pour l’organisation de Paris Photo alors qu’elle avait 16 ans. Sarah Moon et son mari Robert Delpire décident d’organiser un diner en leur honneur et invitent William Klein et sa femme, Marc Riboud et sa femme, Martine Franck (la femme de Cartier Bresson). Apres le dîner, ils montent tous dans le studio de Sarah pour regarder un film sur lequel elle travaille. Howard se souvient précisément de s’être retourné et d’avoir vu Gabrielle allongée et totalement à son aise parmi ces fantastiques figures du monde de la photographie. Il a réalisé à ce moment là que c’était le plus beau cadeau qu’il pouvait lui faire. Il ajoute qu’elle s’en souvient et que sa passion pour la photographie n’a jamais cessé de grandir.

Son pire souvenir de galeriste…
Une période courte mais difficile de sa carrière pendant laquelle il a du faire face à de sérieux problèmes de santé en même temps qu’il se battait en cours de justice pour des raisons professionnelles.

Sa première photo achetée à titre personnel ou une photo qui a une importance particulière dans sa vie…
Pear on plate par Steichen

Sur le mur de sa chambre…
Ou plutôt en haut de l’escalier qui mène a un espace ouvert juste avant sa chambre :
3 Steichen : Pear on a Plate, Portrait of Gloria Swanson, Pear and Apples

Il dit que ses plus précieuses photos sont dans son petit bureau chez lui :
american Girl in Itlay par Ruth Orkin
Pablo in Times Square par Robert Frank
Powerhouse Mechanics par Lewis Hine
The crouched ones par Manual Alvarez Bravo
Easter Sunday par Minor White
Ainsi que 2 tirages de Cartier Bresson et Atget.

S’il était un(e) photographe connu(e)…
Il a vraiment du mal à choisir, mais fini par pencher pour Steichen – par pour son immense ego dit-il en riant mais parce qu’il était extrêmement original et talentueux. Et qu’il a fini par être conservateur au MoMA où il a révélé d’immense photographe comme Saul Leiter. Son influence sur l’histoire de la photographie a été décisive et Howard regrette qu’elle n’ait pas été reconnue comme telle.

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