S’étendant sur les six dernières années, le nouveau travail de Zed Nelson, The Anthropocene Illusion, explore la manière dont, tandis que nous détruisons le monde naturel qui nous entoure, l’être humain est devenu maître d’une “expérience” artificielle et de la mise en scène de la nature un spectacle rassurant, une illusion.
Le terme « Anthropocène » désigne l’époque géologique actuelle, définie par l’impact profond de l’humanité sur les écosystèmes de la Terre. Depuis la Révolution industrielle, il y a environ deux siècles, notre espèce a transformé l’atmosphère, la géologie et la biodiversité de la planète. Les géologues du futur y trouveront des strates marquées par le plastique, le béton, les résidus d’énergies fossiles et les isotopes radioactifs — autant de traces durables de notre domination. Pourtant, à mesure que notre puissance technologique s’accroît, le monde naturel subi des pertes catastrophiques : les populations animales sauvages ont diminué de moitié au cours des quarante dernières années.
En quittant la vie rurale pour la vie urbaine, les humains se sont éloignés de la nature, tout en continuant à désirer un lien avec elle. Ce manque a engendré des expériences artificielles du monde naturel : zoos, parcs à thème, pistes de ski couvertes ou plages synthétiques. Nous mettons en scène la nature pour en faire un spectacle sûr et divertissant, prévisible et confortable, débarrassé du danger, de la surprise et du changement. Même les parcs nationaux et les stations de ski sont devenus des environnements soigneusement scénographiés, une sauvagerie emballée pour la consommation de masse.
Il en résulte une déconnexion paradoxale : tout en détruisant la nature, nous construisons des simulations toujours plus élaborées de celle-ci. De l’Animal Kingdom de Disney au dôme Tropical Islands en Allemagne, ou encore aux pistes de ski intérieures de Dubaï, nous nous immergeons dans des versions contrôlées de la nature, qui masquent les dommages infligés au monde réel. La neige artificielle, les lions en cage ou les mondes de glace sous aquarium traduisent tous notre tentative de remplacer le sauvage par sa réplique.
Cet étrangement vis-à-vis du vivant a des racines philosophiques profondes. Les traditions occidentales, façonnées par Aristote et par l’idée judéo-chrétienne de la domination de l’homme sur la nature, ont longtemps placé l’humanité au-dessus du reste du vivant. Les époques industrielle et coloniale ont renforcé la croyance que le monde naturel existait pour être conquis, contrôlé ou consommé. Des penseurs modernes tels que Lynn White et Bill McKibben ont averti que cette vision du monde est le fondement de la crise environnementale actuelle.
Aujourd’hui, nous sommes à la fois créateurs et destructeurs, maîtres de la planète et pourtant incapables d’assumer les conséquences morales et écologiques de notre pouvoir. Des projets tels que Neom, la ville futuriste imaginée en Arabie saoudite et présentée comme « un lieu sur Terre comme il n’en existe nulle part ailleurs », incarnent cette illusion : une vision d’un progrès sans limites, détachée de toute réalité naturelle. Notre survie dépend désormais de notre capacité à restaurer notre lien avec le monde vivant à travers la renaturation, des modes de vie durables et une gestion éthique de la planète.
Nous savons déjà ce qu’il faut faire ; ce qui manque encore, c’est la volonté d’agir. L’Anthropocène n’est pas seulement une ère géologique, mais aussi une épreuve morale : une mesure de ce que nous choisissons d’être comme espèce.
The Anthropocene Illusion
Art Pavilion, Mile End Park
15 – 26 octobre 2025
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