Notre correspondante Zoé Isle de Beauchaine livre ses coups de cœur parmi les centaines de propositions de la foire internationale de photographie.
Chaque année, Florence Bourgeois et Anna Planas parcourent différentes régions du monde à la rencontre des galeristes afin de maintenir Paris Photo dans un dialogue constant avec les avant-postes de la scène photographique internationale. Un engagement, une curiosité et une exigence qui se ressentent en parcourant les allées du Grand Palais, enrichies cette année par des regards neufs : près d’un tiers des galeries participent pour la première fois à la foire.
Dans le secteur Émergence, dédié aux jeunes galeries, si la part belle est donnée à des approches hybrides de la photographie, certaines propositions rendent hommage à la force poétique de l’image dans son essence. La galerie parisienne Obsession met en lumière l’œuvre d’András Ladocsi, photographe hongrois et ancien nageur professionnel. Cet héritage se ressent dans son rapport très libre à la forme humaine, aux corps — à tous les corps — qu’il observe avec une douceur singulière. À quelques pas, l’Espace Jörg Brockmann (Suisse) présente la série Le Jardin d’Hannibal de Marine Lanier, un travail d’anticipation sur le changement climatique qui prend la forme d’une fable envoûtante autour des glaciers de la Meije et de la diversité de sa flore, que des chercheurs s’appliquent à préserver. Ces deux séries font chacune l’objet d’une publication à découvrir dans le secteur Édition de la foire, chez Void pour András Ladosci et Poursuite pour Marine Lanier.
Dans le secteur principal, une galerie marque la première apparition de l’Arabie saoudite à Paris Photo : Hafez Gallery, située à Jeddah. Elle consacre un solo show à la photographe Nora Alissa, qui s’inspire des danses folkloriques du pays dans des photographies jouant sur le flou pour tisser un récit visuel autour de la mémoire collective, liant passé, présent et futur. Nouvelle participante également, la galerie suédoise WILLAS Contemporary dévoile une série inédite en France du photographe américain Jeff Cowen, Provence Work. Travaillant à partir de la chambre noire et n’hésitant pas à puiser dans la peinture et le collage, Cowen transcende les paysages provençaux dans une série qui se ressent comme une méditation. Enfin, la galerie DON, originaire de Shanghai et elle aussi présente pour la première fois à la foire, met en avant une série documentaire de Ningde Wang consacrée à une troupe d’artistes ambulants chinois dans les années 1990. Alors que le pays connaît une transformation économique radicale, le photographe choisit de capturer la réalité sociale des marginaux.
À quelques pas, dans l’exposition du secteur Voices, consacrée au paysage et confiée à l’historienne Devika Singh, MONOPOL expose des photographies de l’artiste conceptuelle Maria Michałowska datant des années 1970. Un travail typographique et typologique sur le paysage naturel et urbain, qui révèle aussi tout le potentiel poétique de l’archive.
Quant au parcours Elles x Paris Photo, pensé par Devrim Bayar, il semble difficile de choisir parmi la sélection particulièrement fine de la curatrice en chef du KANAL – Centre Pompidou, qui a souhaité explorer les interactions entre corps et contextes, depuis les œuvres préraphaélites de Julia Margaret Cameron (Hans P. Kraus Jr. Inc) jusqu’aux créations éminemment engagées de l’artiste syrienne Huda Takriti (Crone), en passant par la subversion subtile du pouvoir opérée par Sibylle Bergemann (LOOCK). Citons également la série At Twelve: Portraits of Young Women (1983-1985), dans laquelle Sally Mann livre un portrait de l’adolescence dont elle seule a le secret : sensible, délicat, intime et en même temps universel. Un classique dont la galerie Jackson Fine Art montre pour la première fois les tirages.
Portrait d’un autre genre : dans les années 1970, Barbara Crane, dont on connaît l’approche expérimentale du médium et le goût de la séquence, se place à la sortie du musée des Sciences et de l’Industrie pour photographier ses visiteurs. D’un simple protocole, la photographe américaine livre un portrait complexe de ses contemporains. Un hommage à ce qui fait la force de la photographie : sa simplicité.
Zoé Isle de Beauchaine














