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Le Questionnaire : Gad Edery par Carole Schmitz

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Gad Edery : L’Oeil Collectionneur

De la finance à la photographie, Gad Edery n’a pas changé de monde : il a changé de regard. Pendant quinze ans, entre Paris, Genève et Londres, il évolue dans l’univers du trading. Mais parallèlement à cette carrière, une autre histoire se construit, plus intime : celle d’un collectionneur qui, dès l’âge de 19 ans, commence à acquérir des œuvres et développe une passion particulière pour la photographie. À Londres, à partir de 1997, il découvre un médium dont le marché est encore balbutiant et dont certaines œuvres majeures restent alors accessibles. Cette rencontre va progressivement devenir une conviction. En 2008, au moment où la crise financière bouleverse le monde dans lequel il évoluait, Gad Edery quitte les marchés pour se consacrer entièrement à ce qui, jusque-là, relevait de la passion. Il fonde GADCOLLECTION, une galerie entièrement dédiée à la photographie. Le choix n’est pas anodin. Il ne s’agit pas simplement de suivre un marché en pleine émergence, mais de défendre un médium qu’il considère comme encore largement sous-estimé, capable de réunir exigence artistique, histoire et accessibilité. Son regard de galeriste est alors nourri par celui du collectionneur. GADCOLLECTION se construit autour d’une idée simple mais ambitieuse : remettre en lumière des photographes importants parfois restés à distance des mécanismes de spéculation du marché, tout en faisant une place à des artistes plus jeunes lorsque la qualité de leur travail le justifie. La galerie fait ainsi cohabiter photographie historique, création contemporaine, portrait, mode, paysage, photographie plasticienne ou encore astrophotographie et archives de la NASA. Cette diversité n’est pourtant pas synonyme de dispersion. Elle révèle au contraire une conception assez précise de la photographie : une image peut être documentaire, spectaculaire, conceptuelle, iconique ou intime, pourvu qu’elle possède cette capacité rare à s’imposer au regard et à lui survivre. Chez Gad Edery, le rôle du galeriste est ainsi autant de sélectionner que de transmettre. Conseiller un collectionneur, accompagner un premier achat, remettre un artiste dans la lumière, raconter une histoire de la photographie à travers des œuvres : son activité relève presque autant de la pédagogie que du commerce. Cette approche explique aussi les dialogues que sa programmation cherche régulièrement à faire naître entre les générations. En 2026, l’exposition Dialogue, consacrée à Markus Klinko, confrontait ainsi le travail du photographe à celui de figures comme William Helburn ou Jean-Daniel Lorieux, faisant apparaître des correspondances autour de la mode, du glamour, de la construction du désir et de la puissance fictionnelle de l’image. À l’heure où la photographie occupe une place de plus en plus importante dans les collections et sur le marché de l’art, Gad Edery continue donc de défendre une position singulière : celle d’un galeriste qui revendique son œil de collectionneur, privilégie la qualité à la seule cote et envisage la photographie non comme un simple objet de marché, mais comme une manière de regarder le monde et, parfois, de le rêver. Rencontre avec un galeriste dont le parcours raconte aussi l’évolution du statut de la photographie dans l’art contemporain.

  

Site web : www.gadcollection.com
Instagram : @galeriegadcollection

  

Votre premier déclic photographique ?
Gad Edery : 99 cents de Gursky.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Gad Edery : Les albums de photos et les projections de diapositives de vacances.

L’appareil photo de votre enfance ?
Gad Edery : Un Kodak Instamatic qui avait un son métallique lorsqu’on tournait la pellicule !

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Gad Edery : Mon Smartphone.

L’homme ou la femme de l’image qui vous a inspiré ?
Gad Edery : Difficile à dire mais j’ai une passion pour la photographie spatiale. Sinon, j’aime beaucoup le travail de Luigi Ghirri.

L’image que vous auriez aimé réaliser ?
Gad Edery : Prendre en photo Neil Armstrong sur la Lune. J’aurais adoré être astronaute.

Celle qui vous a le plus ému ?
Gad Edery : Il y en a deux. La première est une photo de Henryk Ross prise dans le ghetto de Lodz. Une mère qui embrasse son enfant.
La seconde une photo de Nobuyoshi Araki. Un portrait de son épouse, dans son bain.

Et celle qui vous a mis en colère ?
Gad Edery : Aucune.

Quelle photo a changé le monde ?
Gad Edery : Celle de Neil Armstrong sur la Lune. La possibilité d’un ailleurs.

Et quelle photo a changé votre monde ?
Gad Edery : La même ! Si l’Homme a pu aller sur la Lune, alors rien n’est impossible.

Une image clé de votre panthéon personnel ?
Gad Edery : Je vis entouré d’images, c’est donc une question difficile. Certaines ont une importance plus grande que d’autres. C’est le cas pour une photographie de Florence Chevallier de la série Enchantements, 1, 1996. L’autoportrait de Buzz Aldrin dans l’espace lors de la mission Gemini 12, en novembre 1966 ou celle de Bruce McCandless en février 1984 sont aussi importantes.

En tant que galeriste, qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Gad Edery : Ce qui m’intéresse le plus dans une image c’est que l’image ait un discours direct. Une image Un propos. Je ne comprends pas les images pour lesquelles il faut une explication pour comprendre ce que l’auteur a voulu dire. Je trouve que c’est une perte de temps. L’auteur aurait mieux fait d’être écrivain.

Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion en photographie ?
Gad Edery : En aucun cas.

La beauté en photographie est-elle, pour vous, purement esthétique ?
Gad Edery : La beauté est une notion volatile et subjective. Elle peut se révéler de maintes façons, dont esthétique, mais pas que.

L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ?
Gad Edery : Cela peut être des deux. Tout dépend de l’intention du photographe.

Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
Gad Edery : La photographie est la capture d’un moment de réalité. Celle-ci est malléable mais, à mon avis, pas à être plus vraie que l’objet photographié.

Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
Gad Edery : Oui, sans aucun doute. C’est d’ailleurs un des dangers de la photographie. Ce que l’on voit n’est pas toujours la vérité. L’avènement de l’intelligence artificielle ne va faire qu’accroitre cette possible distorsion entre la réalité d’un évènement et ce qu’il nous ait donné à regarder

La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
Gad Edery : La photographie peut être les deux : Un témoignage et un mensonge.

Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
Gad Edery : Une parfaite adéquation entre le regardé et le regardant.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Gad Edery : Comme en beaucoup de choses : être curieux, et patient.

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travailler ?
Gad Edery : Il s’agit souvent de rencontres humaines. Il faut d’abord que l’ensemble du travail soit homogène et structuré. Il faut ensuite que j’ai envie de défendre le travail de l’artiste sur le long terme. Enfin, il faut que j’aie envie d’avoir les photographies de l’artistes à la maison et de vivre avec.

La personne que vous aimeriez photographier ?
Gad Edery : Je n’ai, hélas, pas de talent de photographe ! Je pense être comme tout le monde, j’aime bien prendre en photos mes proches et des situations de la vie quotidienne.

Celle par qui vous aimeriez être photographié(e) ?
Gad Edery : Bizarrement, malgré le fait que je représente des photographes de renoms, certains m’ont fait l’amitié de me prendre en photo mais j’ai assez peu de photos de moi.
Cela dit, j’ai eu la chance d’exposer un des plus grands portraitistes qui soit : Stéphane de Bourgies. Ses portraits en noir et blanc sont extraordinaires. J’espère qu’il aura envie de faire mon portrait !

Un livre de photographie indispensable ?
Gad Edery : Oui, il y a un livre indispensable à lire mais ce n’est pas un livre de photographie ! Il s’agit d’Histoire de l’Art de Ernest Gombrich. Sûrement un des plus importants historiens d’art qui met à la portée de tout le monde des notions parfois un peu compliquées.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
Gad Edery : Je me sers beaucoup de mon smartphone comme d’un calepin. Donc je prends beaucoup de photos ou de captures d’écran de choses qui m’intéressent. Sinon, la dernière perso, est une photo avec un de mes plus vieux amis qui est venu me voir à Paris, ce week-end.

Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok — et pourquoi ?
Gad Edery : Je ne me sers des réseaux sociaux que pour mes activités professionnelles (Galerie GADCOLLECTION / In Gad We Trust.Art / Musée de la Photographie.com. Pour le reste, j’ai la chance d’avoir une riche vie personnelle.

Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
Gad Edery : Tout le monde se croit photographe ! Cela dit si cela permet de se sentir heureux, why not !

Un compte Instagram à suivre absolument ?
Gad Edery : Celui qui vous intéresse le plus ! Et si c’est celui de la galerie, tant mieux !

Quel est votre point de vue sur l’IA ?
Gad Edery : Une merveilleuse invention technologique qui pose de vrais problèmes d’éthique. L’avantage avec la technologie est que pour exister, elle a besoin d’électricité. On peut toujours débrancher !

Couleur ou noir et blanc ?
Gad Edery : Pourquoi devoir choisir lorsqu’on peut avoir les deux !

Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
Gad Edery : Les deux !

Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
Gad Edery : Il n’y en a pas une en particulier.

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Gad Edery : Le désert.

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Gad Edery : Joker ! Mais j’ai tendance à voir le bon côté des choses.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
Gad Edery : De poser pour moi ! Ce n’est pas tous les jours que l’on peut commander à Dieu !

Votre drogue préférée ?
Gad Edery : J’ai la chance d’adorer mon travail et de travailler énormément. Donc mon travail. Mais j’adore aussi ne rien faire et flâner ! Mais même lorsque je ne ‘fais’ rien, j’ai toujours un truc de travail dans ma tête !

Votre meilleure façon de déconnecter ?
Gad Edery : Voyager et lire.

Votre plus grand regret ?
Gad Edery : Je ne crois pas en avoir.

Si vous deviez tout recommencer ?
Gad Edery : J’ai eu la chance d’avoir une vie très éclectique avec des horizons très différents. Cela dit, probablement la même chose mais j’aurais adoré être : astronaute, aventurier, écrivain, cuisinier, chef d’orchestre, industriel, promoteur immobilier et surement plein d’autres choses !

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
Gad Edery : Les gens que j’aime et avec qui j’ai la chance de partager ma vie. Certains que je connais depuis la maternelle et d’autres rencontrés plus récemment.

Un dernier mot ?
Gad Edery : A bientôt à la galerie !

 

Texte et interview par Carole Schmitz

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