Réalisé entre 2020 et 2024, Amada família est le premier livre de Juliette Malveau Amado. Né d’une recherche autour de la figure absente du grand-père de l’artiste, José Amado, la photographe pose le pied au Brésil pour la première fois en 2020, un pays où elle vit aujourd’hui une partie de l’année.
À travers une traversée du Brésil et des rencontres avec des personnes portant le nom Amado, Juliette transforme la quête d’un grand-père disparu en une réflexion plus vaste sur les héritages liés à la migration, les liens que l’on tisse et les familles que l’on se construit parfois pour combler un vide. Elle compose un récit photographique intime, où le Brésil apparaît comme un territoire immense, contradictoire et profondément habité par le désir de transmission.
Publié par LeMégot, le livre rassemble 50 photographies couleur réalisées entre 2020 et 2024. Il est accompagné d’un texte introductif de Ioana Mello, commissaire d’exposition, ainsi que d’un texte personnel de Juliette, adressé à son grand-père, dans lequel elle revient sur ce cheminement et les aventures qui ont marqué cette quête.
La lettre de Juliette Malveau Amado
« Cher José Amado,
Tout le monde a toujours dit « le Brésilien » pour parler de toi. De toi, je n’ai que ce nom, Amado. Tu es un inconnu, à qui je ressemble étrangement. J’arrive au Brésil et j’entends ce nom partout, comme un repère réconfortant. Quelle chance de s’appeler « aimé ».
Je retrouve Giovanni Amado, taxi à Copacabana. Je passe des heures au café de la rue Siqueira Campos à l’écouter parler de la grande lignée des Amado au Brésil. À Bahia, Maria-José Amado me coupe des tiges d’aloe vera de son jardin en m’avouant que sa famille porte ce nom depuis deux générations seulement.
Après des heures de route, j’arrive chez Jucilene Amado, dans l’agreste du Pernambouc. João Vitor m’attend, agrippé aux barreaux de la grille. Sa grand-mère, Maria, m’accompagne dans les rues de Pedra et me présente le voisinage. Nous continuons la discussion autour du gâteau au maïs et du jus de cajou, et je vois la lumière décliner : nous n’avons toujours pas commencé les photos.
José et son épouse Iara s’assoient tous les deux sous le flamboyant, devant la maison. Iara me fait écouter ses coquillages. Du même rouge que le flamboyant, je photographie la moto de leur fille, Emilia Amado. Nous prenons le café devant leur collection de romans de Jorge Amado. Natalia me lit quelques pages de Cacao, devant l’usine de tissus de ses ancêtres, à São Cristóvão.
À Alagoas, je suis accueillie par les carrancas en bois, à l’entrée d’une maison basse. Le ventilateur fait tourner les pages de l’album photo d’Elaine Amado. Sa fille sur les genoux, elles posent toutes les deux dans la cour, entre les poupées en argile.
De retour à Rio, Maurilio Amado vient me chercher à la gare routière, sous une pluie tropicale. Il m’emmène déjeuner avec toute la famille dans une lanchonete du centre de Petrópolis. Sa maman, Pérola, te ressemble.
Depuis notre rencontre, je continue de recevoir les messages de bénédiction de la famille de Kelly, de l’arrière-pays bahianais. Je me rappelle leur petite maison, au bord du chemin de fer d’Alagoinhas.
Mon itinéraire touche à sa fin, sur l’Estrada do Coco. Le jour se couche et je me promène au bord des plages du litoral sud du Sergipe. Je photographie cette statue érigée face à la mer. Puis je lui fais face : c’est Notre-Dame du Bon Voyage.
Tu ne le sais pas, mais tu m’as amené dans tous ces endroits. J’ai parlé de toi à des inconnus, je t’ai cherché dans leurs visages. Il y a parfois des choses qui se transmettent silencieusement, d’une génération à l’autre. Malgré toi, tu m’auras laissé quelque chose : là où il y a du vide, on peut créer ».
Plus d’informations
Juliette Malveau Amado – Amada família
Publié par les Éditions LeMégot
210 × 297 mm, français, portugais et anglais
Texte introductif d’Ioana Mello
Design graphique de Matthieu Becker
Coordination éditoriale de Loli Melon
Tirage : 250 exemplaires
ISBN : 978-2-492826-38-2, 30 €
Disponible en précommande.














