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Jeu de Paume – Tours : Madeleine de Sinéty. Une vie

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L’exposition au Jeu de Paume – Tours est la première rétrospective consacrée à Madeleine de Sinéty (1934-2011) – présentée au Château de Tours en 2025, puis à Paris en 2026 – dont l’œuvre photographique singulière et encore peu connue, en couleurs et en noir et blanc, s’étend sur quatre décennies entre la France et les Etats-Unis.

C’est comme dessinatrice de mode pour des magazines, que Madeleine de Sinéty formée aux arts Décoratifs de Paris, fille d’une famille d’aristocrates désargentés, a débuté son parcours artistique avant de se former, en autodidacte, à la fin des années soixante, à la photographie. Timidement d’abord, en 1970, avec des images de son quartier, celui de la gare Montparnasse en pleine mutation, quelques images de rue, déjà quelques visages à la sauvette. Puis dans les rues de New York, où elle voyage avec son mari, Daniel Behrman, journaliste américain rencontré à Paris. Ensemble, ils nourrissent une passion d’enfance pour les trains à vapeur, qu’elle photographie inlassablement. C’est là qu’elle trouve une autre distance avec ses sujets : elle se lie d’amitié avec des cheminots, réalise leur portrait, partage leur temps de repos et découvre les réalités du monde ouvrier. Cette proximité, véritable signature de son œuvre, va encore s’accentuer lorsqu’elle décide, sur un coup de tête, d’abandonner sa vie parisienne pour s’installer durant dix ans dans le petit village de Poilley, en Bretagne. Elle se lie d’amitié avec ses habitants, les aide dans leurs travaux des champs, et s’intègre progressivement à cette communauté qui l’accueille avec curiosité et bienveillance. Elle a d’emblée l’intuition qu’elle y sera pour longtemps, c’est là qu’elle veut vivre et créer.

Elle photographie de l’intérieur cette vingtaine de familles, ces fermes, et celles et ceux qui sont devenus les siens. Le document est unique : plus de 50 000 images retracent la vie de ce village où les hommes et les femmes joignent encore leur force de travail à celle des bêtes, et se soumettent au rythme des saisons.

Elle emportera avec elle cette immense archive constituée à Poilley, lorsqu’elle suivra son mari américain pour recommencer une vie aux Etats-Unis notamment dans la petite ville de Rangeley dans le Maine, photographiant encore une fois une communauté, et s’improvisant, pour gagner sa vie après le décès de son mari, photographe de mariages et d’événements.

Suivant les grandes étapes de sa vie, l’exposition met en lumière plusieurs séries de photographies, en grande partie totalement inédites. Le dénominateur commun en est un désir de documenter, des modes de vie, des pratiques, des métiers, ou des lieux appelés à disparaitre ou en voie de disparition.

À ses débuts à Paris, elle se passionne pour l’ancien quartier de Montparnasse et ses ateliers d’artistes, en passe d’être démoli pour laisser la place à la Tour et la nouvelle gare.

C’est sous le titre « Paris démoli » qu’elle regroupera ces photographies d’un Paris dont les rues sont encore marquées par la présence de ses classes populaires, de cafés ouvriers, d’enfants qui jouent, et dont elle aimerait pouvoir conserver la mémoire. Dans le même temps, avec son compagnon elle entreprend de parcourir les gares et les lignes secondaires de chemin de fer, photographiant machines et cheminots, animée d’un enthousiasme pour les derniers trains à vapeur encore en circulation qui incarne à ses yeux une dimension romantique du voyage.

À New York, c’est dans le quartier du Meatpacking District, les abattoirs au sud de Manhattan, qu’elle choisit de déambuler au petit matin, saisissant les petits métiers : carcasses d’animaux qu’on charge, chariot à bras garni de fruits d’un marchand, ouvriers se réchauffant autour de feux improvisés près de la voie ferrée. À Poilley, petit village d’Ille-et-Vilaine c’est le monde rural en pleine mutation dont elle s’attache à fixer les gestes : la mort du cochon, le travail avec les bêtes, la récolte. Acceptée de tous, elle photographie dans l’intimité des maisons, les fêtes de village, organisant, de temps à autre, des projections de ses images dans la salle des fêtes du village. Enfin, à Rangeley, de l’autre côté de l’Atlantique, à partir des années 80, c’est une autre communauté rurale très soudée qu’elle rencontre et dont elle devient, au fil des ans, la photographe attitrée, immortalisant les rituels, privés comme publics: mariages, remises de diplômes, sorties scolaires.

Au début des années soixante-dix Madeleine de Sinéty écrivait dans le journal qu’elle a tenu pendant plusieurs décennies : « Peut-être devrais-je ne faire que de la photo, pas du dessin ? Et pourtant j’aimerais bien pouvoir rendre la vie avec un bout de papier et un crayon, la photo n’est que plus rapide que mes mains, ce que je vois, c’est pareil et ce sont les mêmes choses qui me touchent. ». L’ensemble de l’œuvre photographique décrit en effet un parcours singulier et des préoccupations documentaires et sociales fortement ancrées. La fragilité des êtres, des existences, des lieux et des pratiques, y apparait comme un leitmotiv, magnifiée par un usage poétique de la couleur et de la lumière.

Son attention photographique va vers la vie ordinaire des gens simples, les invisibles, ceux dont l’histoire n’est pas racontée ou qui n’ont pas la capacité de l’écrire eux-mêmes : les ouvriers, les paysans, les femmes seules ou dépendant de l’aide sociale… De son vivant, peu d’images ont été montrées au public : Madeleine de Sinéty a toute sa vie photographié de manière solitaire, sans répondre à des commandes, sans publier dans des magazines et n’exposant qu’à deux reprises, à la Bibliothèque nationale en 1996 et au Museum of Art de Portland (Maine, Etats-Unis) en 2010, dans les deux cas uniquement son travail en noir et blanc.

Il faut attendre 2020 pour que le centre d’art GwinZegal lui consacre une exposition et un ouvrage (Un village) autour d’un ensemble de clichés en couleurs donné au musée Niépce de Chalon-sur-Saône, entamant une découverte de l’œuvre. Aujourd’hui, le fonds d’archives, comprenant plusieurs centaines de milliers d’images, est déposé à la Médiathèque de la photographie et du patrimoine, avec laquelle cette exposition, la première de cette ampleur, a été organisée.

 

Commissaires : Jérôme Sother et Quentin Bajac

Madeleine de Sinéty. Une vie
Jusqu’au 17 mai 2026
Château de Tours
25 avenue André-Malraux
37000 Tours
02 47 21 61 95
www.chateau.tours.fr
#ExpoDeSinety

www.jeudepaume.org

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