Du balcon d’Eduardo
Le balcon est la loge idéale depuis laquelle assister au spectacle théâtral que les Napolitains mettent en scène chaque jour dans les ruelles de la ville, chacun avec son propre rôle. Il y a ceux qui se défendent, ceux qui négocient, ceux qui séduisent et ceux qui s’exposent uniquement pour dissimuler leur fragilité.
Sur les balcons de Naples, cependant, on n’est pas seulement spectateur : on est aussi acteur. On regarde et l’on est regardé ; on réfléchit au temps et aux transformations de la vie quotidienne et, en même temps, on participe à la socialité.
C’est sur un balcon que Eduardo De Filippo, l’un des plus grands dramaturges européens du XXe siècle et héritier de la grande tradition théâtrale napolitaine, place Pasquale Lojacono, protagoniste de Questi fantasmi!. Cette scène fait aujourd’hui partie de l’imaginaire collectif : une cristallisation symbolique du balcon comme lieu du rituel quotidien du café. Tasse à la main, entre une gorgée et l’autre, Pasquale converse avec un voisin invisible.
Ici, le balcon, espace suspendu de l’auto-narration, seuil fragile entre vérité et fiction, se révèle être la scène naturelle de l’instabilité du sens.














