Après la saison
Série poétique en Armor
J’habite Saint Malo, Saint Cast, Saint Brieuc, Dinard, Dinan, … Autant de villes et de stations balnéaires, représentant des lieux de villégiatures romantiques et réputées. Chansons, cartes postales, romans, films, ont été conçus dans ce décor des côtes d’Armor en « haute saison » jusqu’à la fin septembre. Cette imagerie de la côte d’émeraude semblerait avoir fini par appartenir aux résidents secondaires et aux touristes de passage.
Puis non : car advient l’arrière-saison, ou comme on dit : « la basse saison ». Se redessine alors une réalité bien plus intimiste. La vraie vie reprend son avantage. Il y a dans ce territoire une identité régionale, quotidienne, un post-summer avec sa poésie, son humour, son fatalisme, son identité Terre-Mer, sa posture méditative, sa capacité admirative, son envie de prendre-le-temps, de regarder ce qui ne se voit pas toujours, sa capacité de vivre pleinement l’entre-deux, cette forme de présence totale au monde qui l’entoure …
La saison « basse » se déplie au gré des éléments fixes comme la mer, la terre, le camion-pizza, les goélands, les terrains de foot, l’artisanat d’art, à travers les percées soudaines, rapides et vives du soleil. Le labeur et son mode de vie dit « périphérique » s’étendent jour après jour entre la ville, la campagne, et la mer. Il existe une vie particulière en Armor.
Pour cette série comme pour d’autres, j’ai voulu mettre l’accent sur les « basses lumières », estomper ou suspendre celles qui viennent du ciel (les hautes lumières). J’ai l’impression que la lumière vient du sol, de la terre, que les personnes sont attachées, peut-être enracinées dans ce territoire. J’ai voulu également que les textures soient douces, afin de retrouver le temps lisse, presque sans accroc de ce type de quotidien.
J’ai voulu que la forme rejoigne le fond.
Pour moi, le développement des clichés capturés est avant tout un acte de mémoire : retrouver l’atmosphère exacte au moment où j’ai déclenché l’obturateur.














