La Galerie Sit Down présente une sélection de photographies d’Antoine Lecharny extraites de sa série Sous terre dans laquelle le photographe explore les strates cachées du réel avec un regard pénétrant et une sensibilité singulière.
“Sous la terre, sous les arbres, sous le pavé des trottoirs, des ruines de synagogues et des fosses pleines d’ossements. Ce qu’on voit en surface remplace ce qu’on ne peut plus voir. Une ville rendue à sa banalité. Les herbes ne sont plus calcinées et les balles ont disparu. Ici, tout me sépare de la profondeur des lieux. Des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes juifs conduits de force sur les collines de la ville pour y être abattus et entassés sur les corps nus de ceux qui les ont précédés, il ne reste quasiment aucune trace. Ni monument, ni repentir. Seule une pierre gravée et dressée au milieu des ronces, à l’abri des regards, échappe à l’effacement.”
Entre 2021 et 2024, Antoine Lecharny a entrepris un travail photographique consacré à la mémoire des fusillades massives des Juifs en Europe de l’Est et dans les pays Baltes. En l’absence d’importantes traces visibles de ces massacres, il a photographié des paysages retournés à une relative banalité qui dit l’oubli palpable de l’Histoire à l’œuvre.
LE PHOTOGRAPHE ANTOINE LECHARNY SUR LES TRACES DE LA SHOAH PAR BALLES
“De l’Ukraine aux pays Baltes en passant par la Biélorussie et la Pologne, deux millions de juifs soviétiques ont été exécutés, entre 1941 et 1944, par des unités spéciales de l’armée nazie et ses sbires.”
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“On a refusé jusqu’au souvenir de leur disparition. Les lieux des massacres sont muets et, là, les vivants vaquent à leurs occupations, ignorant les morts et les fosses communes ensevelis sous le paysage quotidien. Dans la ville de Boutchatch, en Galicie, dans l’ouest de l’Ukraine actuelle, dix mille juifs ont été fusillés ou déportés par l’occupant allemand avec l’aide de ses alliés nationalistes ukrainiens, entre 1941 et 1944. De ce crime, il ne reste rien, pas même un monument, une stèle, ou une plaque.”
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“Celui qui cherche bien peut éventuellement trouver une pierre gravée, levée parmi les ronces. La colline où des milliers de personnes ont été emmenées, regroupées, abattues et précipitées sous terre n’est qu’une friche ordinaire. On ne se souvient ni du ghetto ni des coins de rue où des habitants ont été exécutés sommairement. La ville contemporaine ne veut rien savoir. Le photographe français Antoine Lecharny, né en 1995, y a photographié l’oubli.”
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“Depuis la lecture, en 2021, d’Anatomie d’un génocide. Vie et mort dans une ville nommée Buczacz, de l’historien Omer Bartov (Plein Jour, 2021), Antoine Lecharny cherche les traces du crime, interroge leur absence, en Ukraine, mais également en Lettonie, en Lituanie et en Pologne. Il a séjourné à Boutchatch en janvier 2022, quelques semaines avant les premiers bombardements russes, alors que la mémoire contrariée d’une guerre ancienne allait faire place à l’expérience d’un nouveau conflit. Il y a trouvé des synagogues en ruine, un cimetière aux tombes antérieures au génocide, avec ses morts abandonnés, échoués sur une terre sans descendants. Sur ses photographies, le passé rejaillit dans le tracé d’une croix gammée peinte à la bombe sur un mur, ou se cache sous les barres d’immeubles de l’ère soviétique, au fond d’un paysage incertain, derrière les silhouettes fuyantes des vivants sur le point d’être jetés à leur tour dans la guerre.”
[extraits] Allan Kaval, “Le photographe Antoine Lecharny sur les traces de la Shoah par balles”, Le Monde, 2024
LES TRACES DISPARUES DES JUIFS MASSACRÉS PAR LES NAZIS
« Si le noir et blanc choisi renvoie à l’idée même de la Shoah, il donne aux prises de vue réalisées en hiver, dans des étendues blanches, recouvertes de neige dans des lumières basses, une autre dimension, conférant aux masses un relief particulier. Une photographie au gros grain qui rend particulièrement palpable l’émotion qui, elle, ne disparaîtra jamais. »
[extrait] Pierre Barbancey “Les traces disparues des juifs massacrés par les nazis”, L’Humanité, 11 décembre 2025
Sous terre a reçu le soutien de la Région Île de France et de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Antoine Lecharny : Sous terre
Jusqu’au 25 avril 2026
Galerie Sit Down
4 Rue Sainte-Anastase
75003 Paris, France
https://sitdown.fr/
PUBLICATIONS
Sous terre, Éditions d’une rive à l’autre, 2025
Disegno Astratto, Tonini Editore, 2025
Côté fenêtre, Éditions d’une rive à l’autre, 2023
Ano Meria, auto-édition, 2021 Même pas morts, auto-édition, 2019 EAS, auto-édition, 2019














