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Galerie Ombres Blanches : Jacques Mataly : L’horizon incertain

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Des monochromes de Rothko aux images contemplatives de Sugimoto, en passant par les étangs de Sigean peints quotidiennement par Piet Moget, l’horizon marin nourrit les mythes autant que les récits de voyage depuis des lustres. Ligne de départ ou promesse d’ailleurs dans la peinture, face à l’océan l’homme mesure autant l’étendue du monde que sa propre capacité à le rêver.

Au départ c’est une ligne, une frontière minimaliste, voire abstraite, qui partage le monde entre le haut et le bas, ou le réel et ce que l’imagination de l’être humain y projette. À cet endroit précis, Jacques Mataly travaille depuis plus de vingt-cinq ans. Réunies aujourd’hui dans un beau livre, ses images composent une méditation obstinée sur cette ligne de partage que l’on pense stable alors qu’elle ne cesse de fuir. Les premières photographies de la série Ligne d’horizon remontent à 1999. Présentées pour la première fois au Château d’Eau, à Toulouse, période Michel Dieuzaide, elles n’ont cessé depuis d’être renouvelées et affinées au fil des séjours du photographe en bordure des mers et des océans.

Le protocole paraît simple : un format carré, l’image divisée exactement en deux par sa moitié, rien d’autre. Pas de lieux identifiables ou anecdotes pittoresques, pas plus d’histoires de marins. Le panorama est débarrassé de tout effet ou déformation, pour ne conserver que cette limite, indistincte. Une séparation qui sert de liaison ; étonnement, c’est la matière même du liquide de la mer et la lumière du ciel qui semblent se rejoindre dans une abstraction insaisissable. Car l’horizon possède cette nature paradoxale ; il est devant nous mais demeure inaccessible, parfaitement visible et pourtant impossible à atteindre. Il sépare autant qu’il relie ; entre le proche et le lointain, il est comme une couture fictionnelle du monde.

Chez Mataly on y sent le vent, l’humidité, l’attente patiente de l’artiste installé face au large, derrière son trépied, guettant moins un événement qu’une atmosphère. À l’heure où les images saturent la vie quotidienne, ces horizons, réduits à quelques nuances d’orange, de bleu ou de vert, ouvrent paradoxalement un espace d’évasion. Le regard commence à contempler, et le carré photographié avec sa géométrie rigoureuse, transforme l’impossible rencontre de l’air et de l’eau en un voyage intérieur.

Le vernissage de l’exposition sera également l’occasion de présenter L’horizon incertain, publié par L’Atelier Contemporain, un beau livre qui prolonge cette exposition comme on poursuit ce désir d’ailleurs ou d’inconnu, porté par cette ligne lointaine qui continue d’aimanter le regard humain et qui ne cesse pourtant de se dérober.

Jean-Jacques Ader

 

« L’horizon incertain » exposition de Jacques Mataly à la galerie Ombres Blanches de Toulouse ; du 29 Mai au 31 Juillet 2026. Publication du livre aux Éditions de l’Atelier Contemporain. Informations : https://www.ombres-blanches.fr/post/8401/jacques-mataly

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