Galerie écho 119 présente pour la première fois le photographe japonais Kazuo Kitai, et tout particulièrement sa dernière série, Iroha. Cette exposition, « i.ro.ha — 1, 2, 3 ! » accompagne la rétrospective majeure qui se tiendra à la Maison de la Culture du Japon à Paris du 30 avril au 25 juillet 2026.
Kazuo Kitai, encore trop méconnu en Europe, est pourtant l’une des figures incontournables de la photographie documentaire japonaise et est reconnu dans l’archipel nippon comme l’un des grands maîtres de sa génération. Depuis plus de 60 ans, il a documenté les mouvements sociaux de son pays — des manifestations étudiantes des années 1960 aux luttes paysannes contre l’aéroport international de Narita, les transformations des campagnes japonaises et le quotidien des quartiers populaires. Son regard, profondément humaniste, forme un large panorama des transforma- tions de la société japonaise depuis les années 1960.
Iroha, que l’on peut traduire par « a, b, c », marque un tournant décisif dans sa carrière. Si ce photographe s’est toujours reconnu dans les luttes de ceux qu’ils photographiaient, participant aux rébellions autant qu’il les documentait, à plus de 80 ans, il revisite par un geste tout aussi radical ses propres archives : déchirant, puis rapiéçant, et enfin en recouvrant de peinture les tirages de ses débuts — ceux réalisés à 20 ans, au moment des mouvements de protestations étudiants— c’est désormais contre sa propre photographie qu’il se rebelle.
Comme il le raconte : « Photographier était devenu pour moi un peu pénible. Ne sachant plus quoi faire, j’ai décidé de déchirer d’anciens tirages originaux. J’ai pensé qu’en les déchirant, je me sentirais plus léger et pourrais alors envisager de nouvelles images. » Ces gestes de destruction et de recouvrement radicaux, qui se rapprochent d’un palimpseste, explorent sa propre rébellion — non plus politique, mais personnelle.
Traçant des lignes simples, des chiffres (1, 2, 3), des lettres (i, ro, ha) et des formes géométriques basiques (carrés, ronds, triangles), il établit un lien entre ses premiers pas dans la photographie, les gestes de contestation de sa jeunesse, et sa capacité intacte à se renouveler.
« Soixante ans se sont écoulés depuis que j’ai commencé à prendre des photos. Je ne sais pas pour- quoi j’ai pu poursuivre aussi longtemps, mais je crois que c’est en partie parce que cela m’a toujours amusé. » iroha illustre cette liberté et cette énergie renouvelée, où mémoire, couleur et geste se rejoignent pour offrir un regard inédit sur son œuvre documentaire. La série est une véritable invitation à la réinvention, une ode à la création joyeuse et rebelle.
Alors, prêt·e·s ?! 1, 2, 3… !!!
Kazuo kitai est né en 1944 en Mandchourie (alors sous occupation japonaise).
Abandonnant rapidement ses études de photographie au College of Art de l’Université Nihon, il s’impose à la fin des années 1960 dans la photographie documentaire en suivant les mouvements de contestation qui secouent la société japonaise : manifestations étudiantes, mobilisations de la gauche radicale et luttes paysannes contre la construction de l’aéroport de Narita.
Le livre devient très tôt un outil central de diffusion de son travail. En 1965, il auto-publie son premier recueil, Teikō (Résistance), qui deviendra le premier ouvrage d’une œuvre éditoriale abondante.
Au milieu des années 1970, Kitai s’éloigne des sujets explicitement politiques pour tourner son regard vers le monde rural. Avec To the Village et Somehow Familiar Places, il observe les transformations silencieuses des campagnes — travail qui lui vaut d’être le premier lauréat du prestigieux prix Kimura Ihei en 1975. Cette attention au quotidien se prolonge dans des séries ultérieures telles que Shinse-kai Monogatari et Funabashi Story ou encore, plus tardivement, Walking with Leica.
Si l’esthétique de ses images — instantanés souvent flous, grain marqué, contrastes appuyés — évoque celle de la jeune génération de photographes japonais de la fin des années 1960, notamment Provoke, Kitai a toujours cultivé son indépendance, ne rejoignant aucun groupe.
Avec sa série récente Iroha, il opère un véritable tournant par rap- port à son approche documentaire initiale, témoignant d’un renou- vellement radical à plus de 80 ans.
Récompensé à plusieurs reprises par la Société photographique du Japon, il reçoit en 2024 le prix Kazuemon Hidano lors du Higashi- kawa International Photo Festival. Ses œuvres figurent notam- ment dans les collections du Tokyo Photographic Art Museum, du National Museum of Modern Art de Tokyo, ainsi que dans celles du San Francisco Museum of Modern Art, du Museum of Fine Arts de Houston et de l’Art Institute of Chicago.
La Maison de la Culture du Japon à Paris accueillera une rétrospective majeure de son travail en 2026.
Kazuo Kitai : i.ro.ha — 1, 2, 3 !
28 avril – 11 juillet 2026
Galerie écho 119
1 rue des Minimes
75003 Paris
www.galerieecho119.com














