Depuis 2016, notre collaboratrice Noémie de Bellaigue suit un internat au Bénin. Ce travail puissant et émouvant vient d’être rassemblé dans un livre publié par Polygone. Noémie a partagé ces images et ce texte avec nous.
Dans un internat au nord du Bénin, les vies de cinquante adolescentes se croisent et s’entremêlent. Je m’y suis rendue pour la première fois en 2016 et y suis retournée régulièrement depuis. Au gré de mes séjours, j’ai découvert un microcosme rare et précieux, un refuge où se mène un humble combat contre les inégalités auxquelles sont confrontées les Béninoises hors de ses murs. Porté par l’urgence de raconter cet internat pour le préserver, ce travail documentaire tissé au long cours devient aujourd’hui un livre, pensé comme un hommage à la résilience des jeunes filles de Kandi.
Peul, Bariba, Dendi, Boo, Mokole… Les pensionnaires, d’origines ethniques et sociales diverses, viennent de villages plus ou moins reculés et retournent dans leur famille seulement pour les congés. À Kandi, le jour s’éveille au son du frottement des balais dans la cour. C’est là que les filles se retrouvent au petit matin, lors de leurs pauses ou en rentrant de l’école. Ensemble, elles discutent, se coiffent, font leur lessive, se maquillent, cuisinent, étudient, et le samedi soir, dansent au rythme de leurs propres percussions. Lorsque la nuit vient à tomber, les petites lampes solaires, telles des lucioles, éclairent les chuchotements de celles qui veillent encore, et c’est ainsi que doucement l’internat s’endort.
Ici, les filles apprennent que leur volonté peut, malgré tout, forger leur avenir. Au-delà d’une éducation rigoureuse, elles acquièrent, au fil du temps qui s’y écoule, des outils essentiels pour écrire leur propre destinée.
Cet internat a été créé en 1966 par des religieuses béninoises et françaises, au cœur de la ville de Kandi, au nord-est du Bénin, dans l’Alibori, où seulement 10 % des collégiennes parviennent à accéder au lycée. Cette région fait face à une pauvreté persistante, exacerbée ces dernières années par la détérioration de la situation sécuritaire, due à la présence de groupes armés et aux tensions politiques entre le Niger et le Bénin, aux répercussions socio-économiques importantes pour la population.
Chaque année, l’internat accueille une cinquantaine de jeunes filles, certaines sont scolarisées de la classe de sixième à celle de terminale dans les collèges et lycées de la ville, tandis que d’autres suivent sur place une formation en couture, en tissage ou en coiffure.
Noémie de Bellaigue
Les Filles de Kandi édité par les éditions Polygone est disponible en précommande jusqu’au 30 août 2025.
Le livre est en pré-commande sur le site des éditions Polygone : https://editionspolygone.com/shop














