Je n’ai jamais vu mon père pleurer
Chapitre premier : Retour au pays
D’aussi loin que je puisse m’en souvenir mon père ne m’a jamais parlé du Congo.
Quand il fut envoyé en Belgique seul pour y étudier, il n’avait que sept ans.
Une enfance brutalement arrachée.
À dix-sept ans, il y est brièvement revenu, mais l’écho de ce passage a laissé des blessures profondes.
46 ans sans revoir les siens.
Le choc est immédiat.
Les souvenirs surgissent, plus sombres, plus complexes.
Comment faire face à ses démons ? Comment réconcilier le passé avec le présent ? Chaque pas qu’il fait est une lutte, un affrontement entre les vestiges de ce qu’il a fui et la réalité d’un Congo qui a changé, qui n’est plus du tout le même.
Chaque instant est une clé, ouvrant une porte vers son passé. Mais derrière ces portes, il y a aussi le vide laissé par le déracinement, le poids d’une identité fragmentée.
Le Congo, ce pays qui m’a toujours paru lointain et abstrait, contient pourtant une partie de mon histoire.
Enfant, je posais des questions, mais les réponses étaient souvent fragmentaires, parfois silencieuses, comme si revisiter ces souvenirs faisait trop mal.
Ce retour était donc essentiel, autant pour lui que pour moi
Ce premier chapitre est une tentative de recomposer l’histoire de mon père, de mettre des mots et des images sur ce qui a été brisé.
C’est le début d’un voyage où les photographies deviennent des ponts entre les souvenirs et la réalité, entre l’enfant qu’il était et l’homme qu’il est.
Une quête de sens, un besoin de renouer avec mes origines. À travers les lieux, les images et les récits, j’essaie de retrouver cette mémoire perdue, celle qui a forgé mon père, et qui, quelque part, me forge moi aussi.
Ce voyage au Congo n’est qu’une première étape dans cette quête de mémoire et d’identité. Bien qu’elle soit profondément significative, cette expérience n’est qu’un prélude à un objectif plus vaste : retourner dans la ville d’origine de mon père, Mbuji-Mayi. C’est là, au cœur de ses premiers souvenirs, que je pourrai véritablement saisir l’essence de son histoire et, par extension, la mienne. Ce projet photographique continuera ainsi de se déployer, à la recherche de réponses, de sens, et de réconciliation avec les racines profondes qui nous façonnent.














