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Chris Killip (1946-2020) par John Devos

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Homme socialement engagé, photographe de la désindustrialisation et professeur.

Né sur l’île de Man, à mi-chemin entre l’Irlande et le Royaume-Uni, Chris Killip décide de devenir photographe à l’âge de 18 ans. Il s’installe à Londres et devient assistant du photographe publicitaire et portraitiste Adrian Flowers (1926-2016),

Vers 1969, il change radicalement de cap, il se concentre sur le reportage et le galeriste Lee D. Witkin fut l’un des premiers à reconnaître son talent : il préfinance un portfolio. Pendant la journée, il dépeint sa propre communauté sur l’île de Mann, la nuit, il travaille dans le pub de son père. Ceci est publié dans The Isle of Man: A Book About the Manx.

En même temps qu’il établit sa réputation, il est nommé pour photographier Huddersfield et Bury St Edmunds pour un projet Two Views – Two Cities. C’est une confrontation visuelle entre une communauté industrielle et une communauté rurale.

Killip déménage à Newcastle en 1973 et continue d’y vivre pendant les 15 prochaines années : le nord de l’Angleterre est le cœur industriel du Royaume-Uni. C’est précisément au cours de cette période qu’une transition radicale a lieu, que Killip qualifie de désindustrialisation. Les mines de charbon ferment, les entreprises sidérurgiques et l’industrie lourde disparaissent, l’économie mondialise.

Les entreprises de construction navale de Tyneside (la région de Newcastle) annoncent triomphalement qu’elles vont construire les plus gros pétroliers, cependant, ils ne savent pas que ce seront les derniers. Le chômage marque la population, la pauvreté et l’économie de survie deviennent une réalité quotidienne. Pour Killip, il ne fait aucun doute sur qui il photographie, il ne lui vient même pas à l’esprit de répondre «de quel côté appartiens-tu», cela va de soi. Il n’est pas toujours apprécié : les images brutes sont lues par les autorités sociales comme une accusation de leurs politiques défaillantes.

Il erre également plus loin le long de la côte. À Lynemouth, dans le Northumberland, il rencontre une communauté de Travellers (communauté nomadique) qui vivent de la récupération du charbon de la mer. Ce charbon a été déversé par une centrale électrique et une mine de charbon. Killip investit six ans pour gagner la confiance de la population. Lorsqu’il y photographie enfin, il se rendit compte que « l’endroit confondait le temps; ici le Moyen Âge et le XXe siècle s’entremêlent ». Le résultat devient la série Seacoal.

Un peu plus loin le long de la côte, il découvre Skinningrove, dans le Yorkshire du Nord, un village où les gens travaillent dans l’aciérie mais pratiquent aussi la pêche. La série Skinningrove montre des hommes dont la dignité est liée au travail sur l’eau et au rythme de la mer. Mais cette mer est inexorable, elle prend des vies. L’une des images les plus déchirantes montre un garçon emmené en mer quelques semaines après que son père se soit noyé «pour qu’il n’ait plus peur».

Une sélection d’images de la période 1973-1985 de Newcastle, Tyneside, Seacoal et Skinningrove apparaissent dans l’ouvrage le plus connu de Killip: In Flagrante (1988). Ce n’est pas sans effet, Killip est reconnu au Royaume-Uni et bien au-delà, il reçoit plusieurs prix y compris le Henri Cartier Bresson Award sen 1989.

C’est finalement aux États-Unis qu’il obtient sa pleine reconnaissance. En 1991, il commence à enseigner à Harvard en tant que professeur d’études visuelles et environnementales, poste qu’il occupe jusqu’en 2017.

Avec l’exposition rétrospective Arbeit / Work in Folkwang (2012, Allemagne) Killip obtient de nouveau l’attention du public. Il montre un aperçu de son travail dans la période 1969-2005.

Ces dernières années, il a organisé ses archives, mais c’est son fils qui attire son attention sur plusieurs séries que Killip n’avait effectivement pas regardées après la publication de In Flagrante . Images de concerts par exemple dans le club punk The Station, images des chantiers navals. Cela se traduit par la publication de 4 magazines Skinningrove, The Station, Portraits & The Last Ships en 2018.

Killip est décédé le 13 octobre d’un cancer du poumon. Il n’est pas vraiment connu par le grand public mais vénéré comme l’un des plus grands photographes britanniques par ses pairs. Ses images semblent froides et distantes en raison de l’utilisation de la caméra 4×5 pouces. La leçon la plus importante que Killip nous a enseignée, cependant, concerne l’approche, la méthode : il ne travaille pas comme journaliste, mais il photographie une communauté de l’intérieur. Il n’est pas considéré comme un étranger, mais comme l’un d’eux, comme un égal. Il souligne également qu’il ne veut pas convaincre, qu’il n’est pas un historien, comme il ne cessait de le répéter : «C’est ce que je fais, l’histoire s’ écrit après les faits, mais mes photographies par contre vous montrent ce qui s’est passé». La force de ses images réside dans l’observation empathique de son sujet, le geste humain reconnaissable de tous, dans un message d’humanisme universel.

Merci Chris Killip.

 

Vidéos

Chris Killip (18 okt. 2016)

https://www.youtube.com/watch?v=CaPBZIDq86Y

Skinningrove (17 mei 2017)

https://www.youtube.com/watch?v=ENzA-vIwAgQ

Chris Killip: The Last Ships Q&A (12 sep. 2018)

‘Nobody Ever Once Asked Me Who I Was’ – Chris Killip on Photographing the ‘The Station’ in Gateshead (20 feb 2020)

https://www.youtube.com/watch?v=ktepguMdDMU

‘I went to my father and said: Dad, I’m going to become a photographer’ Interview with Chris Killip (15 mrt. 2020)

https://www.youtube.com/watch?v=rjfrZ7JbH7Q

 

Les articles suivants sont déjà parus dans l’Oeil:

Chris Killip : The Station – L’Œil de la Photographie april 16, 2020

Now Then: Chris Killip and the Making of In Flagrante L’Œil de la Photographie May 26, 2017

Opening of Flagrante Two by Chris Killip L’Œil de la Photographie January 27, 2016

Paris: Chris Killip L’Œil de la Photographie August 31, 2012

Chris Killip –Arbeit / Work   L’Œil de la Photographie   March 19, 2012

Chris Killip –Seacoal   L’Œil de la Photographie   May 24, 2011

Sources

https://www.henricartierbresson.org/en/hcb-prize/award-winners/

 

johndevos.photo@gmail.com

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