Boogie Woogie Photography présente l’exposition collective: Summer Breeze, réunissant un ensemble d’artistes sélectionnés. L’exposition se tient à l’hôtel Le Relais de Poste, au cœur du centre historique d’Arles, du 7 juillet au 27 octobre 2025 (en parallèle des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles). Vanessa Franklin introduit l’exposiiton comme suit.
L’été n’est pas seulement une saison; c’est une esthétique—définie par de longues heures dorées, des corps en mouvement et la langueur rêveuse de la chaleur. À travers les générations, les photographes ont été attirés par les possibilités émotionnelles et visuelles de l’été : son sentiment de liberté, ses plaisirs fugaces, et la manière dont l’été distille à la fois la nostalgie et l’immédiateté. À Arles, chaque été, le rythme de la créativité photographique mondiale s’accélère avec son festival, alors qu’artistes, commissaires et public se retrouvent. Rejoignez-nous pour célébrer l’art du récit à travers l’énergie rayonnante des regards d’été, multiples et singuliers.
Le Nu Provençal, Gordes est une des images iconiques du célèbre photographe Français Willy Ronis. Il s’agit d’un nu de son épouse Marie-Anne Lansiaux, prise dans leur mas en pierre lors de l’été brûlant de 1949 dans le Sud de la France. Ronis se souvenait : « Je réparais le grenier. J’avais besoin d’une truelle, alors je suis descendu et il y avait Marie-Anne, nue, debout sur les dalles de pierre, se lavant dans la bassine en porcelaine. ‘Ne bouge pas’, ai-je dit, et, les mains pleines de plâtre, j’ai saisi mon Rolleiflex et pris quatre photos. » Ronis a décrit cette expérience comme miraculeuse et il n’a développé le négatif que de retour à Paris, en ayant totalement oublié ce moment qui n’avait duré que quelques minutes, un instant prosaïque d’une poésie extraordinaire. Cette scène domestique intime ressemble à une peinture impressionniste. Aujourd’hui encore, elle nous émeut et reflète avec nostalgie l’esprit rustique de la vie à la campagne en été.
Vingt ans plus tard, en 1969, l’artiste de renommée internationale Roger Ballen n’avait que dix- neuf ans lorsqu’il assista à un festival d’été spectaculaire, non seulement pour profiter de la musique mais aussi pour le documenter sur place. Les foules baignaient dans la joie et la musique. Il capture un groupe de motards assis sur une voiture – leur tenue et leurs motos reflétaient l’esprit aventureux et alternatif des jeunes de l’époque. Récemment, Ballen a dévoilé ce trésor et partagé les planches- contact, qu’il n’avait pas revues depuis cinquante ans, avec le New York Times : « Cela a ravivé ma mémoire, » dit-il. « J’étais tellement heureux. C’est comme trouver des joyaux dans le sable. C’est l’un des plus beaux sentiments que l’on puisse éprouver quand on explore l’histoire de son propre travail, de retrouver des choses que l’on avait ignorées ou oubliées, ou pas encore comprises. Et le fait que cinquante ans se soient écoulés, c’est difficile à concevoir. » Aujourd’hui, le mythique Woodstock Summer Music Festival reste un symbole du mouvement contre-culturel des années 1960.
Jacques Henri Lartigue est unique; c’est ainsi que Richard Avedon le décrit dans la postface d’Instant de ma vie, le livre qu’il lui consacre, publié en 1970 : “Alors que ses prédécesseurs [les photographes] créèrent des traditions que suivirent ses contemporains, [Lartigue] fit ce qu’aucun photographe n’avait fait auparavant et qu’aucun ne fit depuis : photographier sa propre vie.” Une vie rêvée, idéalisée, dont il a consciemment gommé les ombres, pour ne retenir que le soleil.
En 2018, la photographe française Isabelle Boccon-Gibod séjourne chez une amie installée depuis peu à Sun City, une communauté résidentielle de 5 000 foyers située au sud de la Californie, à proximité de Palm Springs. Les maisons y sont presque toutes identiques, déclinées sur cinq modèles similaires, et les règles y sont strictes : résidents obligatoirement âgés de plus de cinquante ans, pas d’enfants, lieux restreints où promener son chien, décoration des jardins, etc. S’y promenant avec sa petite chambre photographique, Isabelle a observé que le soleil, lorsqu’il était dans le cadre, brûlait son film polaroïd en formant une petite tache noire qui lui rappelait une brûlure de cigarette ou le trou laissé par une balle. Elle a voulu soulager l’angoisse déclenchée chez elle par l’atmosphère de Sun City en exploitant ce phénomène. Avec cette série brûlante, Isabelle allait lui « faire la peau » ! Tout en rendant hommage à une autre Amérique.
L’an passé, Rémi de Laquintane a effectué un voyage en train de Hong Kong à Paris, parcourant 17 000 kilomètres en quinze jours. Son exploration est un récit profondément personnel, un pèlerinage solitaire qui célèbre la tranquillité et la beauté, offrant un refuge face au chaos de la vie moderne. Par sa maîtrise du flou et du reflet, il transforme la réalité tangible extérieure en paysages oniriques, nous invitant à ressentir autant qu’à voir.
Parmi les artistes exposés, mention spéciale à Louis Stettner, honoré cette année au Festival avec « Le Monde de Louis Stettner » à l’Espace Van Gogh, commissariat de Virginie Chardin, à deux pas. Nous espérons que vous apprécierez tout particulièrement la composition magistrale et la sensualité de ses « Sunbathers » sur la plage de Saint-Raphaël. Son travail se distingue par sa capacité à transmettre des émotions humaines profondes et la vie quotidienne avec une authenticité discrète mais puissante. Sa perspective unique, alliée à une technique parfaite, rend ses photographies intemporelles. En outre, certaines de ses compositions au cadrage oblique apportent profondeur et complexité narrative à ses sujets. En les saisissant sous des angles légèrement décalés, Stettner crée des images à la fois intimes et dynamiques, invitant le spectateur à explorer la richesse de l’espace et de sa composition.
Vanessa Franklin, Hong Kong, Juin 2025
www.boogiewoogiephotography.com
Artistes présentés: Roger Ballen, Isabelle Boccon-Gibod, Raymond Cauchetier, Marjolijn de Groot, Rémi de Laquintane, Jacques Henri Lartigue, Bogdan Konopka, Alain Nahum, Willy Ronis, Takeshi Shikama, Louis Stettner.
Boogie Woogie Photography : Summer Breeze
7 juillet 2025 – 27 octobre 2025
Hôtel Relais de Poste
2, rue Molière
13200 Arles, France
Entrée libre tous les jours de 12h à 21h
Contact: [email protected]














