Yossi Milo présente la première exposition personnelle de Samuel Fosso à la galerie. Cette exposition précède la participation de l’artiste à « Ideas of Africa: Portraiture and the Political Imagination », une exposition sur la photographie de studio africaine au Museum of Modern Art, organisée par Oluremi Onabanjo et qui sera inaugurée le 14 décembre 2025.
Au cours de sa carrière longue de plusieurs décennies, le photographe camerounais-nigérian Samuel Fosso (né en 1962 à Kumba, Cameroun) a utilisé l’autoportrait pour revisiter les traditions historiques de la photographie de studio d’Afrique de l’Ouest et d’ailleurs. Depuis les débuts de son œuvre sur la scène internationale, lorsqu’il a reçu le Premier Prix des Rencontres de la Photographie de Bamako, au Mali, en 1994, l’artiste a utilisé sa pratique comme un vecteur de questions centrales à l’identité : comment l’autoreprésentation peut-elle reconquérir l’identité africaine face à l’imagerie coloniale ? Comment l’histoire personnelle de Fosso se reflète-t-elle dans l’histoire collective ? Et, surtout, comment la photographie contribue-t-elle à résister à l’effacement ? Le collectionneur et auteur Artur Walther écrit dans sa préface à AUTOPORTRAIT, une monographie de 2020 consacrée à l’artiste : « Depuis ses autoportraits expérimentaux, réalisés à l’adolescence dans les années 1970 dans un studio commercial de Bangui, en République centrafricaine, [Fosso] n’a cessé d’explorer le potentiel mythique de l’appareil photo. Dans ses autoportraits, il s’amplifie tout en devenant quelqu’un d’autre. »
Dans toute son œuvre, et dès sa première série, « 70s Lifestyle » (1975-1978), Fosso lève intuitivement le voile, brisant sujet et subjectivité en se représentant lui-même, le photographe. « 70s Lifestyle » a été créée en 1975 au Photo Studio Nationale, l’entreprise photographique que l’artiste a ouverte à seulement treize ans, trois ans après avoir fui la guerre civile nigériane pour Bangui, en République centrafricaine. Après des heures passées à prendre des photos de portraits et de passeports pour ses clients, Fosso se photographiait avec les dernières images d’une pellicule qu’il envoyait à sa grand-mère au Nigéria. Au fil du temps, cette pratique a pris les caprices de la démarche artistique. Dans un entretien avec feu Okwui Enwezor, commissaire de la 56e Biennale de Venise, Fosso confiait : « Parfois, lorsque je réalisais des photographies dont je n’étais pas satisfait, lorsque je ne me sentais pas beau intérieurement, je découpais les négatifs au lieu de les tirer… Je ne savais pas que je faisais de la photographie artistique. Ce que je savais, c’est que je me transformais en ce que je voulais devenir. » L’intérêt précoce de Fosso pour la photographie était motivé par sa propre exclusion des archives photographiques : enfant, Fosso, partiellement paralysé, handicapé et déplacé, n’a été photographié qu’à l’âge de dix ans. Cet effacement allait finalement révéler la valeur sociale de la représentation pour l’artiste, et l’autoportrait allait lui montrer comment s’inscrire dans un album avec une certaine capacité d’action.
Samuel Fosso
3 septembre – 8 novembre 2025
Yossi Milo Gallery
245 Tenth Avenue
New York, NY 10001
www.yossimilo.com














