À quelques pas de la rivière fleurie de Naka-Meguro, la galerie Poetic Scape s’est métamorphosée en un interstice entre le passé et le présent, présentant le solo show de l’artiste Nozomi Suzuki Slow Glass—Afterglow: Transmission, Reflection, Refraction jusqu’au 26 avril 2026.
Passé la porte de verre de la galerie Poetic Scape, le visiteur s’interroge : n’avons-nous pas, en réalité, voyagé dans le temps ? Les rayons du soleil se diffusent sur le parquet sombre, révélant des objets d’antan aussi intrigants que poétiques. Ce sont les œuvres de l’artiste japonaise Nozomi Suzuki, dont le travail rend tangibles les souvenirs encapsulés dans ces ustensiles grâce à la photographie.
L’exposition Slow Glass — Afterglow: Transmission, Reflection, Refraction s’inspire d’un concept de science-fiction théorisé par l’auteur Bob Shaw : le « Slow Glass » (verre lent), un matériau capable de retenir la lumière et de la restituer avec un retard de plusieurs années. « La photographie est, par essence, un médium qui transmet en différé la lumière réfléchie par un sujet passé », précise l’artiste. « La photographie fixée sur les objets incarne cette lumière d’autrefois, tandis que l’objet, lui, s’ancre ici et maintenant. J’aimerais que ce décalage crée une temporalité capable de relier hier à aujourd’hui. »
Des transferts et des émulsions délicates viennent ainsi habiter divers artefacts de verre. Une vitre, relique sauvée de la résidence du pianiste Kiyoshi Tanaka (1897–1955), des lunettes de lecture, un stéréoscope ou un miroir deviennent alors des supports de transmission. Qu’il s’agisse de clichés développés en chambre noire ou d’images d’archives, Nozomi Suzuki les réinterprète par le prisme de la lumière et du temps. « Je pense que ce que nous voyons nous parvient réellement aujourd’hui, mais avec un retard, porté par la lumière », confie-t-elle.
Une histoire de la photographie
Si nous sommes physiquement dans le présent, au cœur de cet espace intimiste du quartier de Naka-Meguro à Tokyo, les œuvres de Nozomi Suzuki nous transportent dans un voyage à travers l’histoire. « Les pièces présentées dans cette exposition sont principalement britanniques, à l’exception de la grande fenêtre, issue de la maison de style occidental d’un musicien qui se trouvait dans le quartier de Setagaya », explique l’artiste.
« La photographie a émergé avec la révolution industrielle, évoluant de concert avec l’intensification de la culture visuelle moderne. Loupe de compte-fils utilisée pour examiner le lin ou le coton, montre de poche illustrant la mesure précise du temps : chaque outil est choisi pour sa portée symbolique, reflétant les fragments d’un regard ancien. » Nozomi Suzuki tisse des correspondances entre ces objets et des piliers de la pensée occidentale, tels que la théorie de l’évolution de Darwin ou les textes bibliques attribuant la vision à la lumière divine, avec comme liant universel la lumière.
Sur une paire de lunettes d’époque, l’artiste a finement imprimé une page de L’Origine des espèces. « À une époque où l’on croyait encore fermement à la création divine de l’homme, ce livre a provoqué un séisme intellectuel. J’ai donc sélectionné ces objets en imaginant ce qui aurait pu exister dans cette continuité », souligne-t-elle. L’atmosphère de la galerie, son parquet verni et son bureau en bois de style danois, participent pleinement à cette immersion. Selon son fondateur, Takashi Kakishima, cet agencement évoque aussi bien l’intérieur d’une demeure d’époque qu’un cabinet de curiosités. « La galerie possède une dimension presque domestique », conclut-il. « Cela crée une continuité organique où les frontières entre l’espace et l’œuvre s’effacent. Tout semble être en parfaite harmonie. »
Nozomi Suzuki – Slow Glass—Afterglow: Transmission, Reflection, Refraction
jusqu’au 26 avril 2026
Poetic Scape
4 Chome−4−10 1F
Nakameguro
Meguro City, 153-0061 Tokyo,
poetic-scape.com














