La galerie Particulière présente jusqu’au 20 mars l’une des dernières séries photographiques de Claudine Doury. Avec L’Homme nouveau, la photographe membre de l’agence VU’ questionne à nouveau cet âge de l’entre deux qu’est l’adolescence.
Le laboratoire Picto a participé à la production des tirages de l’exposition.
« Depuis Sasha, la série qu’elle avait consacrée à sa fille et au passage de l’enfant à l’adolescente, puis à la jeune fille, sur un mode intimiste et onirique, proche du conte de fées, Claudine Doury ne cesse de questionner cet entre-deux de l’âge, du corps et du temps, à la fois fragile et violent, qu’est l’adolescence.
Mais si, jusqu’alors, l’homme n’apparaissait, fugitivement, que comme un figurant dans ses images, il advient au cœur même de L’Homme nouveau, série entièrement réalisée au sein de St Petersbourg. On verra un double écho à ce titre : à l’impératif révolutionnaire du bolchevisme, bien sûr, mais aussi à ce moment de mue et de mutation où l’adolescent éclot en homme.
Entre-deux, passage d’une frontière, métamorphose ovidienne : c’est ce moment si singulier, unique, de crise et d’avènement à soi, que l’artiste s’obstine à capter, à décrypter.
Ce faisant, elle questionne ce qu’il en est de l’identité masculine – qu’est-ce que devenir un homme ? Et un homme dans une Russie elle-même en pleine mutation, qui n’a plus rien à voir avec l’URSS de la guerre froide et des rideaux de fer ? – mais aussi, et plus radicalement peut-être, se positionne comme une femme qui ose, enfin, regarder les hommes.
Comme les hommes de tous âges l’ont fait, pendant des siècles, et en toute évidence, avec les femmes.
Ce droit au « female gaze » est récent, il faut insister. Et il est le fruit d’un long combat, mené notamment par des artistes américaines telles que Sally Mann, proclamant : « Je suis une femme qui regarde », et pourquoi pas les hommes. C’est une vraie conquête du regard.
A tous ces jeunes hommes russes, issus des classes moyennes, venus des quatre coins de cet immense pays et convergeant vers St Petersbourg pour y étudier les arts et y inventer une nouvelle vie, aux antipodes de leurs aînés, l’artiste dit : Laissez-moi vous regarder. Et vous photographier.
Pas de décors superflus, ni de mises en scène inutilement sophistiquées : de simples fonds aux chromatismes sourds, des cages d’escaliers, des murs écaillés… Des corps saisis en buste, ou des plans resserrés sur les seuls visages.
Et si tous se veulent résolument modernes, tournés vers l’art et la culture, connectés avec le reste de la planète, s’appropriant les codes de la mondialisation, leurs portraits , pourtant, s’avèrent transhistoriques: éternels Petits Princes, éphèbes grecs ou archétypes de l’aristocrate renaissant, tous renvoient, peu ou prou, dans notre mémoire iconique, aux tableaux de Léonard, Dürer, ou Holbein.
Certains affirment un type slave – peau lunaire, pommettes saillantes, regard bleu glacier, blondeur de blés, musculature fermement dessinée – , tandis que d’autres ont le charme ambigu des fleurs coupées: fragiles comme des Saint Sébastien promis à la flèche meurtrière, graciles et menus, ils semblent osciller, hésiter entre les genres.
Et reposent ainsi la question à laquelle il est si difficile de donner une réponse univoque, dogmatique: qu’est-ce que le masculin ?
Claudine Doury ne répond pas, et c’est sans doute là la justesse de son travail : refusant de faire poser des adolescents trop virils, trop genrés, finalement – nul « hipster » dans sa collection d’hommes nouveaux – elle nous laisse face au tremblement de la question elle-même, comme l’adolescent est la fragile esquisse de l’homme à venir. »
– Dominique Baqué, décembre 2015
EXPOSITION
L’Homme nouveau
Claudine Doury
Du 4 février au 20 mars 2016
Galerie Particulière
16 & 11 rue du Perche
75003 Paris
France
[email protected]
http://www.lagalerieparticuliere.com
http://www.claudinedoury.com














