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Mischa Fanghaenel : Nachts

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Mischa Fanghaenel est le coup de coeur de l’une de nos collaboratrices, Marine Aubenas.

Qui n’a jamais entendu parler du Berghain ? Mythique club berlinois, temple de la techno et dont le simple nom suffit à éveiller toute sorte de fantasmes et d’imaginaires.

Certains l’ont entendu au détour d’une conversation, d’autres ont épluché des forums pendant des heures ; les plus téméraires ont bravé la file d’attente pour tenter leur chance… Tous ont spéculé sur ce qui se cache derrière cette façade brute et ces fenêtres embuées du premier étage.

Car si le nom est connu de tous, le lieu, lui, ne l’est véritablement que de certains, préservé par une entrée soigneusement filtrée et l’interdit des caméras, fait assez rare aujourd’hui pour être souligné, à une époque où tout se vit, se capture et se partage à travers les écrans. Mais derrière le mythe et la pierre, que reste-t-il ?

Agnès Varda le formulait déjà avec justesse : « Je crois que les gens, c’est tout de même ce qu’il y a de plus intéressant. » Une phrase qui pourrait résumer NACHTS, le projet du photographe, et videur du club lui-même, Mischa Fanghaenel.

Car c’est précisément ce qu’il choisit de regarder, ici, encore, après l’avoir fait pendant plus de quinze ans à la porte d’entrée : les gens ; celles et ceux qui habitent le club. La communauté qui chaque week-end, donnent corps et âme à ces murs de béton.

Le Berghain devient alors ici ce qu’il n’a jamais cessé d’être : non pas une forteresse obscure, mais une humanité tangible, fière et belle, des habitués anonymes aux DJs reconnus, que Mischa Fanghaenel saisit avec sensibilité, gaieté et toujours un profond respect.

Revenons à la genèse.
L’idée de la série photographique naît pendant le premier confinement, au moment où le Berghain, comme tous les clubs du monde, s’est soudain tu. Roland Barthes écrivait que « la photographie a quelque chose à voir avec la résurrection ». Serait-ce alors une coïncidence que ce soit précisément lorsque la scène disparaît que le photographe ressente le besoin de l’immortaliser ?

Mischa ne le dira pas en ces termes. Ce qui l’anime, dit-il, c’est de montrer la scène telle qu’il la voit : « Je voulais préserver quelque chose. Je voulais me souvenir de la scène de la bonne manière, parce que je lisais et j’entendais des choses que je ne reconnaissais pas. Je voulais montrer le côté très beau et très positif de toute cette communauté. »

Le projet germe alors doucement dans le silence forcé de 2020, et NACHTS ne nait réellement que deux ans plus tard. Car avant de se lancer, Mischa prend le temps : de demander, d’écouter, d’obtenir l’accord des propriétaires du club. Des étapes longues, mais essentielles pour celui qui cherche, toujours, à oeuvrer avec justesse.

L’impulsion décisive sera une story Instagram. Il y annonce qu’il recherche des membres de la communauté pour un projet de portraits. L’effet est immédiat : une avalanche de réponses pendant plusieurs semaines. Une dynamique volontaire qu’il rapproche de ce qu’il propose chaque week-end, à la porte du club : « Je n’invite personne. Les gens savent que je suis là, que le club est ouvert. » Ne pas solliciter : accueillir, toujours. Mais pas n’importe qui. Pas n’importe comment.

Car que ce soit dans le club ou en studio, le défi est le même : créer un espace sûr, un espace de liberté, où chacun se sent en confiance. Être « normal », comme l’entend Mischa, et non comme nous le dicte la société, c’est-à-dire être soi.

Au fil des années, Mischa a vu nombre de visages arriver pour la première fois, revenir pour la deuxième, la dixième… Il les a vus changer aussi, d’identité, de vie, vieillir, avoir des enfants, déménager, ne revenir qu’une fois par an. « Peu importe. Tous comprennent qu’ici, il existe un espace pour eux. Qu’ils sont justes dans ce qu’ils sont. » Parce qu’au Berghain, on peut être plus que ce que l’on est dehors. Sans jugement. « Être soi à un degré que tu ignorais jusque-là. »

« J’ai commencé les portraits parce que j’aime les belles personnes », dit-il. Et c’est quoi être beau, Mischa ? « La beauté, c’est être en paix avec soi-même. »

Être en paix avec soi-même pour pouvoir l’être avec les autres. En parcourant ses portraits, c’est moins l’individualité qui prime, que la communauté du Berghain, et avec elle celle de la culture club berlinoise. Mêmes formats, même noir et blanc, même frontalité, même anonymat des personnes photographies, DJ célèbres compris. NACHTS choisit un langage visuel qui place chacune des personnes sur un pied d’égalité. C’est la philosophie même du Berghain. Car, la-bas tous les horizons se croisent. Peu importe le métier, les parcours de vie, le physique, l’âge, l’identité, le genre. Ce qui importe, c’est d’être là, ensemble. Comme la foule sur le dancefloor. Libre et unie. Unie dans cette liberté surtout. Observer, s’attarder au bar ou dans un coin sombre, discuter, danser.« C’est ce que je trouve profondément beau dans ce lieu : chacun y participe à son propre rythme, en choisissant lui-même jusqu’où il souhaite aller. »

Certains artistes numériques se sont emparés de ses portraits pour les animer, les faire vibrer au rythme de la musique de Len Faki. Un prolongement naturel de la vision de Mischa : celle d’une humanité entremêlée, où les visages se répondent et se fondent les uns dans les autres. En harmonie.

Mais revenons au format fixe, celui du photographe. Pour Mischa, le choix de l’aluminium comme support a été une révélation. Sur ce matériau, les noirs gagnent en profondeur, l’ensemble en contrastes, et rien ne vient s’interposer entre le visage et celui qui le regarde. Pas de vitre, pas de reflets. La photo se donne telle quelle. Brute. Brute, mais aussi changeante, car au fil de la journée, elle évolue au gré de la lumière. Une évolution qui fait écho à la scène elle-même, toujours en métamorphose. Cette scène, personne ne l’avait documentée ainsi dix ans plus tôt, et certaines choses, regrette Mischa, sont maintenant perdues. Immortaliser donc, non pas pour dire que c’était “mieux”, mais pour fixer le moment. Dire simplement : c’était comme ça, à cette époque-là.

Et dans cette mouvance, qu’est-ce qui demeure ? Pour Mischa, la réponse est simple : le bonheur.
« Je fais deux métiers qui semblent opposés : videur et photographe. Mais dans les deux cas, je suis là pour la même chose : voir des gens sourire. »

La suite ? « Je serais heureux si quelqu’un poursuit le projet dans cinq ans », confie-t-il.
En attendant la relève, on espère surtout une exposition prochainement, sinon à nous de faire la grimace. Et ça, Mischa ne l’autoriserait pas. N’est-ce pas ?

Marine Aubenas

 

https://www.mischa.pictures

Representé par Quinto
www.quinto.com

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