Avec quels yeux voit-on les images de nos rêves ? Comment regarde-t-on dans le sommeil, les yeux fermés dans le noir ? La mémoire, comment voit-elle les images du passé ? Comment les suit-elle d’un regard ? Ou, pourrait-on redouter le retour de la vue et de la focalisation claire et sans équivoque comme Hélène Cixoux qui, à la veille de la chirurgie au laser qui allait la guérir de sa myopie extrême, ressent l’imminence de la vue, la fin prochaine de sa cécité et en fait le deuil. Dans sa cécité elle se voyait voir. Elle voyait venir la vue. Les images de Joël Van Audenhaege ne sont ni fenêtres, ni miroirs. Elles n’ouvrent pas sur un espace extérieur ; à peine perceptibles, on cherche à voir, non une sensation, un sentiment, une introspection : quinze versets visuels pour tromper l’ennui, conjurer le sort, le phlegme, la gueule-de-bois, la chance, la déprime, les aléas, le non-dit, les paris, les démons de la nuit, la maladie, peut-être la mort, comme des incantations impromptues. Si l’on n’est pas tout à fait sorti d’affaire, si l’on ne sait pas toujours bien où on en est ou où l’on va, on devrait malgré tout bien s’en acquitter, plus ou moins, tout compte fait, cette fois-ci du moins.
Antonio Guzmán
Joël Van Audenhaege, Photographic Fields
Publié par ARP2 Editions
25€














