Expositions, installations dans l’espace public, rencontres, lectures, ateliers… Pour sa 29ᵉ édition, le festival de photographie canadien met l’image au cœur de Toronto.
Les portraits familiaux intimes d’Anu Kumar s’affichent à l’angle College et Clinton Street, les recherches photosensibles de Laure Tiberghien s’invitent dans la station de métro Davisville, les portraits grand format de Rosalie Favell prennent place sur la façade de l’Onsite Gallery… Pendant tout le mois de mai (et même au-delà), Toronto se transforme en vaste terrain d’expérimentation visuelle. Pour sa 29e édition, Le CONTACT Photography Festival se déploie dans toute la ville autour d’une centaine d’événements. Ancré localement, le festival n’en est pas moins tourné vers le monde, en mettant à l’honneur des artistes internationaux.
« Cette année, les artistes visuels et multidisciplinaires poursuivent l’exploration de thématiques et de pratiques pertinentes et actuelles : la décolonisation, la construction communautaire, l’activisme, la protestation et la révolution, la mémoire personnelle et collective, les lacunes des archives historiques et contemporaines, ainsi qu’un retour à l’expérimentation, aux origines du médium », rappellent les organisateurs. Cette approche expérimentale trouve un écho dans le travail de Laure Tiberghien, dont les 20 tirages couleur abstraits, extraits de sa première monographie Time Capsule, proposent une exploration de la photographie sans appareil. Installée à la station de métro Davisville, son intervention offre une respiration visuelle aux usagers, tout en révélant des recherches de longue haleine.
Explorations et expérimentations
Dans l’espace public, les propositions se multiplient au fil des rues. Deux séries de Kiri Dalena livrent une vision de l’histoire philippine en retravaillant des images d’archives pour évoquer les luttes pour l’autodéfinition. Alanna Fields, avec Unveiling, présente quant à elle une série de collages qui, en sauvant des traces photographiques historiques de la vie queer noire, symbolisent la complexité des frontières entre visibilité et invisibilité. Jordan King, de son côté, rend hommage à Chrysis à travers sa pratique du polaroid.
Le parcours se prolonge du côté du Sankofa Square où deux courts métrages d’Alisi Telengut animent des photographies d’environnements végétaux, des écosystèmes sous-marins aux jardins botaniques, évoquant un retour aux racines naturelles du vivant. Suneil Sanzgiri propose, lui, une double installation : My Memory is Again in the Way of Your History, exposée en extérieur, interroge la disparition et l’oubli, tandis que An Impossible Address, présentée à Mercer Union, explore les liens historiques de solidarité entre l’Inde et l’Afrique face à l’empire portugais.
Du métro à la salle d’expo
En franchissant les portes de l’Image Centre, les visiteurs sont invités à une expérience cinématographique avec Creatura Dada de Caroline Monnet. Ce film entraîne les spectateurs autour d’une table de banquet, orchestrant une rencontre entre six femmes autochtones francophones qui y célèbrent leur identité, leur patrimoine et leur indigénéité partagée. L’Istituto Italiano di Cultura accueille, lui, Emotional Geographies, un projet du photographe italien Tomaso Clavarino. À travers quatre séries réalisées dans le nord de l’Italie, il met en dialogue provinces et banlieues, marges et marginalités, adolescence et incertitude.
La diversité des pratiques, des esthétiques et des regards se poursuit au McMichael Canadian Art Collection où Sandra Brewster présente FISH, une œuvre mêlant dessin, photographie et sculpture. Elle y propose une lecture de la terre, de l’eau, de l’histoire et de l’identité, enracinée dans l’expérience des diasporas. Les installations de Natalie Hunter aux fenêtres du Bentway Studio and Terrace se laissent traverser par la lumière du jour. Ce dispositif crée un cinéma éphémère et lent, qui interroge les effets matériels de la lumière sur son environnement.
Des temps et des lieux de rencontre
Au-delà des expositions individuelles, le festival cultive une volonté de rassemblement. Cette dimension collective s’incarne dans 10×10 Photobooks : Flashpoint! Protest Photography in Print, une exposition prenant la forme d’une salle de lecture à la Contact Gallery. Plus de 80 livres, zines, affiches et publications traitant de protestation et de résistance y sont présentés, illustrant le rôle de la photographie dans les luttes sociales. À proximité, une seconde salle invite à la réflexion avec une question centrale : « What Makes a Photobook Sustainable? », posant les enjeux de production et de diffusion des livres photographiques.
Et pour continuer à nourrir les échanges, le festival reconduit son CONTACT Photobook Fair pour une quatrième édition. Un moment de partage réunissant éditeurs indépendants et photographes contemporains, une belle occasion de découvrir de nouvelles publications tout en favorisant les rencontres.
Contact Photography Festival
Toronto, Canada
Du 1er au 31 mai 2025
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